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Cela paraissait pourtant impossible…

Tourte voyageuse (Ectopistes migratorius)
  • Tourte voyageuse (Ectopistes migratorius)
  • Tourte voyageuse en Amérique du Nord
Cela paraissait pourtant impossible…

Le 1er septembre 2014 marque le centenaire de l’extinction d’une espèce autrefois abondante dans le ciel québécois. En 1914, la Tourte voyageuse disparaissait définitivement du patrimoine aviaire mondial avec le décès d’une femelle âgée de 29 ans au zoo de Cincinnati.

La Tourte voyageuse au Canada

On connait malheureusement peu de choses sur la biologie de cet oiseau apparenté aux tourterelles, colombes et pigeons. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la productivité des nichées était faible puisqu’une femelle pondait un seul œuf chaque année. Les tourtes s’alimentaient principalement de glands, de châtaignes et de faînes (fruit du hêtre). Elle colonisait une aire qui correspond de près à celle du hêtre à grandes feuilles. On estimait sa population globale à plus de 5 milliards d’individus.

Un comportement spectaculaire

Les tourtes nichaient en colonie dont la superficie se mesurait en kilomètres carrés. Les naturalistes décrivaient les sites en mentionnant qu’il était difficile de trouver une branche qui n’était pas couverte. Conséquemment, les tourtes se déplaçaient en groupes gigantesques. Dans cette habitude, l’espèce y trouvait un bénéfice considérable qui était principalement de déjouer leurs prédateurs naturels plus efficacement. Lors des déplacements saisonniers qui comportaient une migration de courte distance, les rassemblements étaient spectaculaires. Les écrits de l’époque décrivaient ces mouvements comme des nuées qui assombrissaient le ciel et pouvaient s’étendre sur plus de 5 kilomètres.

Une chair prisée

Depuis longtemps, les Amérindiens appréciaient la viande de cet oiseau et le chassaient comme petit gibier. La ressource semblait inépuisable, mais lorsque les colons occidentaux ont commencé à s’y approvisionner à coup de fusil et d’intérêt commerciaux, la situation prit un tournant tragique. On fait état de chasse miraculeuse avec des prises de plus de 30 000 oiseaux pour un seul chasseur. Un grand nombre de pigeonneaux étaient également capturés au nid ce qui porta grandement atteinte au succès de reproduction des tourtes.

La fin tragique

Seulement 50 ans de chasse commerciale ont suffi pour sceller le destin de la Tourte voyageuse. Vers les années 1880, la population était déjà commercialement épuisée. Au début des années 1900, on dénombrait 120 tourtes en captivité, mais les conditions dans lesquelles les oiseaux se trouvaient n’ont jamais permis leur reproduction. La dernière observation d’une Tourte voyageuse en nature au Canada remonte à 1902.

L’héritage de cette disparition

À l’époque il n’existait aucune mesure de l’état de la population, pas plus que de moyen pour en préserver l’habitat et exploiter la ressource de façon durable. En 1916, peu après la disparition de la Tourte voyageuse, la signature d’un traité Canada – États-Unis interdisait l’exploitation commerciale des oiseaux en nature. Cette mesure a permis de rétablir les populations de plusieurs espèces de canards, hérons, sternes et oiseaux de rivage. Même si la loi sur les oiseaux migrateurs est toujours en vigueur aujourd’hui, il est important de poursuivre nos efforts de protection du territoire et de la diversité des habitats afin assurer la conservation de notre patrimoine aviaire.

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