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L’alliaire officinale : une envahissante méconnue

Alliaire en fleur
Credit: CIME Haut-Richelieu
Alliaire en fleur
  • Alliaire en fleur
  • Boisé envahi
  • Bouquet dense d’alliaire
  • Corvée d'arrachage d'alliaire pour préserver la biodiversité
  • Rosettes d’alliaire
L’alliaire officinale : une envahissante méconnue

Au palmarès des plantes envahissantes comme les redoutables roseau commun, nerprun et myriophylle à épis, il faudra en ajouter une nouvelle : l’alliaire officinale. Appelée communément herbe à l’ail ou Garlic Mustard, cette plante médicinale a été introduite dans nos jardins par les Européens qui l’utilisaient comme condiment car celui-ci dégage un goût d’ail. Actuellement, au Québec, elle connaît une importante expansion qui passe largement inaperçue. Grâce à ses petites graines, produites en abondance, elle entre discrètement dans nos érablières. En quelques années seulement, elle peut dominer le parterre forestier, à l’assaut de milieux naturels riches en biodiversité.

Son secret : un cycle de vie court

L’alliaire est une plante bisannuelle. Elle germe à la fin avril et produit une rosette de feuilles qui demeurent vertes, même l’hiver! Au début du printemps suivant, la tige florale pousse rapidement, atteignant parfois plus d’un mètre. En conditions optimales, un seul plant peut produire plusieurs tiges florales comptant plus d’un millier de graines qui seront dispersées le long des chemins et sentiers.

La biodiversité de nos forêts menacée

Cette espèce croît dans des conditions très diversifiées et tolère l’ombre, ce qui la rend très compétitive en milieu forestier. Phénomène rare, les racines d’alliaire produisent des toxines, les glucosinolates, qui affectent les mycorhizes du sol, nuisant à tous les végétaux à proximité (herbacées, arbustes et même semis d’arbres!). Le goût de l’alliaire déplaît aux cerfs, qui broutent plutôt la végétation indigène qui devient éparse, laissant toute la place à l’alliaire. Elle forme rapidement des colonies denses qui induisent des changements importants dans la composition végétale des forêts envahies.

La lutte contre l’alliaire : la prévention a meilleur goût!

L’alliaire est difficile à éliminer dans les sites gravement infestés où la végétation indigène se raréfie. Le réservoir de graines en dormance peut générer de nouveaux semis pendant plus de 10 ans, même si tous les plants en fleurs sont arrachés chaque printemps. Il faut alors déployer des efforts soutenus et revégétaliser. Heureusement, les plants isolés s’enlèvent facilement, prévenant l’expansion de l’espèce dans de nouveaux sites. C’est là que chacun peut contribuer! Gardez l’œil ouvert, on l’observe souvent dans les fossés, en bordure des routes ou des sentiers.

Un plant d’alliaire s’arrache facilement, surtout dans un sol humide après un épisode de pluie. Il suffit de saisir le plant à la base et de tirer afin d’extraire la racine qui ressemble à une petite carotte. Placez les plants déracinés dans des sacs à ordure noirs et conservez-les en plein soleil quelques semaines pour que la chaleur les détruise (technique d’ensachage). Surtout, ne compostez pas, pour éviter que les graines ne se ressèment. Placez ensuite les sacs aux ordures. En juillet, lorsque les plants commencent à libérer leurs graines, on n’y touche plus! En les arrachant, vous risquez de disperser les centaines de petites graines à distance, aggravant l’invasion future.

Des corvées pour contrer l’invasion

Aux États-Unis et en Ontario, un important mouvement populaire, The Stewardship Network, a été créé pour stopper l’invasion. Au Québec, des corvées se tiendront bientôt dans le parc du Mont-Royal et au Boisé-des-Douze, à Saint-Hyacinthe. Participer à une corvée vous permettra de vous familiariser avec l’espèce pour ensuite protéger votre voisinage. Avis aux intéressés, nous formons actuellement une banque de bénévoles pour des corvées en Montérégie. Pour inscription, contactez : vdeschesnes@cimehautrichelieu.qc.ca

Passez à l’action! 

  1. Apprenez à reconnaître l’alliaire officinale.
  2. Si vous l’observez, signalez sa présence sur l’application Sentinelle du MELCC.
  3. Évitez de la propager.
  4. Participez à une corvée d’arrachage d’alliaire.
  5. Partagez cette information avec tous vos amis!

Dates des corvées d’arrachage 2019 :

  • Mi-mai à mi-juin : Montérégie, CIME Haut-Richelieu (banque de bénévoles)
  • 15 juin : Parc du Mont-Royal, Montréal
  • 19 juin : Boisé-des-Douze, Sainte-Hyacinthe

Références :

  • Anderson, H. 2012. Invasive Garlic Mustard (Alliaria petiolata) Best Management Practices in Ontario. Ontario Invasive Plant Council. 30p.
  • Lavoie, C. 2019. 50 plantes envahissantes: protéger la nature et l’agriculture. Les publications du Québec. 415p.
  • Nuzzo, V. 1999. Invasion pattern of the herb garlic mustard (Alliaria petiolata) in high quality forests. Biological Invasions 1: 169-179.
  • Pardini, E.A., Drake, J.M., Chase, J.M. et T.M. Knight. 2009. Complex population dynamics and control of the invasive biennial Alliaria petiolata. Ecological Applications 19(2): 387-397.
  • Rodgers, V.L., Stinson, K.A. et A.C. Finzi. 2008. Ready or not, Garlic Mustard is moving in : Alliaria petiolata as a member of Eastern North American forests. Bioscience 58(5): 426-436.

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1 Commentaire(s)
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Martine Carrier

Depuis 1 an, j'utilise pour fruits et légumes, à l'épicerie, 1 sac filet; que nous utilisons pour les articles fins du lavage. Je suis contente d'avoir penser à ça.

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