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La mérule pleureuse, le «cancer du bâtiment»

Fondation d’une maison dont les poutres sont abondamment colonisées par du mycélium de mérule pleureuse. Cette maison située dans la région de Rimouski a dû être décontaminée puis démolie en 2016.
Credit: Maxime Boivin
Fondation d’une maison dont les poutres sont abondamment colonisées par du mycélium de mérule pleureuse. Cette maison située dans la région de Rimouski a dû être décontaminée puis démolie en 2016.
  • Fondation d’une maison dont les poutres sont abondamment colonisées par du mycélium de mérule pleureuse. Cette maison située dans la région de Rimouski a dû être décontaminée puis démolie en 2016.
  • Les fructifications de la mérule, ou carpophores, peuvent apparaître sur des surfaces exposées comme un mur ou un escalier et sont parfois le premier indice visible de l’infestation
La mérule pleureuse, le «cancer du bâtiment»

La rule ou rule pleureuse, dont le nom scientifique Serpula lacrymans signifie “rampant” et “larmes”, est un champignon qui cause une pourriture du bois de charpente, souvent qualifiée de « cancer du bâtiment ». Elle fait partie d’un groupe de champignons qui dégradent la cellulose et causent la « carie brune » sur plusieurs essences, essentiellement des conifères. Elle n’est pas la seule à causer la pourriture du bois dans les édifices, mais c’est la plus fréquente en régions tempérées. Le qualificatif « pleureuse » est dû aux fines gouttelettes d’eau exsudées à l’extrémité des hyphes et sur la marge des fructifications, lorsque l’humidité de l’air est élevée.

Un problème insidieux

Pour s’installer, la mérule a besoin d’eau. La pourriture sera donc optimale lorsque l’humidité du bois dépassera 45 % et que la température tournera autour de 20 °C. La mérule est donc associée aux espaces peu ventilés, tels un vide sanitaire ou un plancher après un dégât d’eau. Si le bois sèche, la pourriture cesse de progresser. Cependant, elle pourra reprendre son expansion au retour d’une bonne teneur en humidité.

En conditions favorables, le champignon forme dans le bois un matelas de filaments semblable à de la ouate, le rendant fragile et cassant. Il produit aussi des cordons de filaments, nommés rhizomorphes, capables de transporter l’eau et les nutriments à plusieurs mètres de l’infection initiale, même à travers la maçonnerie, ce qui lui permettrait de coloniser le bois sec.

Des fructifications en forme de crêpe peuvent apparaitre sur les surfaces exposées et sont parfois le premier indice visible de l’infestation. Puisque la mérule se développe dans les espaces confinés, elle peut rester longtemps inaperçue. Si l’infestation est avancée, le bâtiment peut être irrécupérable.

Connue depuis longtemps en Europe

En Europe, où elle est connue depuis très longtemps, on estime que la mérule cause annuellement plusieurs millions de dollars de dommages. On en recense les dégâts dans une douzaine de pays, surtout dans le nord. Plusieurs édifices historiques, châteaux et églises sont infestés, dont la cathédrale de Strasbourg qui a été fondée il y a plus de 1000 ans.

En France, le Code de la construction et de l’habitation comprend d’ailleurs des mesures spécifiques pour lutter contre ce champignon. On retrouve aussi la mérule dans des textes bien plus anciens : un passage de la Bible y ferait même référence (Leviticus 14:33–48).

La situation bouge au Québec

Au Canada, on rapporte l’espèce depuis les années 1940, mais la mérule a fait l’objet d’une attention nouvelle il y a quelques années lorsque des maisons ont dû être démolies. Le sud du Québec compterait actuellement une cinquantaine de cas. À Montréal, ces derniers sont plus fréquents dans le Plateau Mont-Royal et Verdun.

Une association milite en faveur de la mise en place de mesures d’aide aux sinistrés et un comité interministériel sur la mérule pleureuse a déposé son rapport en juin 2017 au ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. On attend des mesures législatives qui permettront d’encadrer ce problème souvent catastrophique pour les propriétaires de bâtiments affectés.

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