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Le Nunavik à travers les yeux de deux chercheurs

Coliade orangé (Colias hecla) sur silène acaule (Silene acaulis) le long d'un escarpement de la rivière Pivurnituq
Credit: Insectarium de Montréal (Maxim Larrivée)
Coliade orangé (Colias hecla) sur silène acaule (Silene acaulis) le long d'un escarpement de la rivière Pivurnituq
  • Coliade orangé (Colias hecla) sur silène acaule (Silene acaulis) le long d'un escarpement de la rivière Pivurnituq
  • Lukassi Etoq et son lance-pierre aux abords de la chute Qurlutuarjuq sur la rivière Koroc, dans le parc national Kuururjuaq
  • Inventaire de papillons dans le parc national Tursujuq, secteur Tasiujaq
  • Petite pause en route vers la rivière Pivurnituq, dans le parc national des Pingualuit
  • Tri d'échantillons récolté la nuit précédente le long de la rivière Pivurnituq, dans le parc national des Pingualuit
Le Nunavik à travers les yeux de deux chercheurs

Les chercheurs Maxim Larrivée et Alain Cuerrier racontent leur périple au nord du 55e parallèle. Ils y réalisent chacun leurs projets de recherche, tout en tissant de précieux liens avec les peuples Inuits.  

Découvrir le Nunavik à travers l'entomologie

Par Maxim Larrivée

Chaque été depuis quatre ans, Maxim Larrivée participe à des inventaires de papillons dans les parcs du Nunavik en compagnie de jeunes Inuits. Il raconte son expérience et sa découverte d’un peuple chaleureux, riche en culture et traditions et fortement amoureux de son territoire.

Des rencontres fascinantes

Je me souviendrai toujours de mon émerveillement lors de cette première expédition dans le parc national Kuururjuaq en 2015. Dépaysé par cette langue étrangère et étonné d'être encore au Québec, je ne connais rien de ce peuple installé ici bien avant l’arrivée des Européens.

Entouré de jeunes Inuits âgés entre 12 à 17 ans, je découvre qu’ils sont pourtant semblables à ceux du sud du Québec : équipés d’iPod et d’ordinateurs pour la plupart, ils partagent beaucoup des mêmes intérêts. À l’aise avec une caméra, ils ont un sens de l’esthétisme, et de l’observation très détaillé. Leur capacité à identifier précisément des papillons au premier coup d’œil est remarquable. Depuis, à chaque expédition, je retrouve ces qualités chez les jeunes participants : travaillants et débrouillards, curieux de la beauté et de la diversité des insectes et des araignées.

Une expérience riche en enseignements

Ces expéditions au Nunavik me font ralentir et mettre les choses en perspective. À mille lieues de la frénésie du sud et de l’obsession d’un horaire rigide, les communications sont ici plus simples, moins fréquentes, mais tout aussi efficaces. Lorsque des défis surgissent, on les accepte et on s’adapte. Là-bas, j’ai le sentiment d’utiliser mon corps pour ce qu’il est censé faire depuis toujours : effectuer le travail physique et non pas rester assis dans une voiture ou derrière un ordinateur...

Cette immense partie du territoire, si belle et sauvage, reste inconnue de beaucoup d’entre nous.

Un territoire qui change

En échangeant avec quelques aînés (Inutujaq en inuktitut, qui signifie «humain vieux, mais encore bon») dont Lukassi Etok , j’apprends que leur territoire change très rapidement : le soleil est plus chaud, les sommets enneigés de la péninsule d’Ungava ne le sont plus durant les étés, les étangs s'évaporent, la nature se transforme… Je prends conscience que les Inuits sont malheureusement aux premières loges des changements qui impactent directement leur mode de vie, sans en être responsables.

 

Pieds et mains en territoire inuit

Par Alain Cuerrier

Depuis près de 20 ans, le botaniste Alain Cuerrier dépose ses pas sur le sol du Nunavik et du Nunatsiavut. Il arpente la toundra et cueille les plantes dont se servent les Inuits pour se nourrir ou se guérir. Ce savoir riche est issu d’un long contact que les Inuits ont entretenu avec leur territoire ou nunangat. Outre l’utilisation des plantes, Alain a mis à profit son passage dans ces terres de froid pour noter la présence de papillons, la relation avec les organismes marins et la perception des Inuits face aux changements climatiques qui frappent leur territoire.

À l’écoute des communautés

Comment travaille-t-on avec une autre culture? Peuple fascinant et rieur, les Inuits sont accueillants, mais il faut cependant être à l’écoute et vouer à leur culture un grand respect. Cela prend de la patience et une dose d’humilité devant ces humains qui ont vécu des conditions difficiles. Il faut accepter une nourriture qui diffère de la nôtre : poisson séché, phoque cru, ours polaire longtemps bouilli, ou caribou servi sur un morceau de carton. C’est aussi apprendre les rudiments de leur langue afin de dire bonjour ou comment ça va? Ou nommer une simple plante en inuktitut, Mamaittuqutik, soit le thé du Labrador.

La mémoire de l’Arctique

Quelle mémoire les Inuits ont de leur milieu! Je me sens alors petit en redevenant un étudiant, car les Inuits deviennent mes professeurs! J’apprends en saisissant cette grande chance de pouvoir recevoir ce savoir. Parfois, un ou une aînée viendra me voir pour me montrer une plante ou des photos relatant les changements climatiques. 

La toundra du Nunavik est d’une grande beauté. Il appartient cependant aux Inuits de lui donner son souffle et sa grandeur. Et c’est avec un pincement au cœur que chaque fois, je quitte les Inuits pour revenir à Montréal.

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