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Le tamarin-lion doré, porte-étendard de la Mata Atlântica

Un couple de tamarins-lions dorés
Le tamarin-lion doré, porte-étendard de la Mata Atlântica

On s'inquiète beaucoup de la destruction rapide de l'immense forêt tropicale amazonienne, mais il existe, en Amérique du Sud, une autre forêt tropicale qui couvrait jadis plus de 1,2 million de km2 de la zone côtière brésilienne (ce qui équivaut au Québec terrestre) : c'est la forêt tropicale atlantique ou Mata Atlântica. Il ne subsiste aujourd'hui que des lambeaux disparates de cette riche forêt.  L'ensemble de toutes ces parcelles éparpillées ne constitue plus que 8 % de la superficie d'origine (équivalant au Nouveau-Brunswick). Le tamarin-lion doré (Leontopithecus rosalia) symbolise aujourd'hui la lutte que les Brésiliens mènent pour la survie de ce qui reste de cet écosystème.

De charmants petits primates orangés

Le tamarin-lion doré fait partie d'une famille de petits singes qu'on retrouve uniquement en Amérique du Sud : les callitrichidés. Les tamarins-lions (il y en a 4 espèces) sont les plus gros de cette famille (environ 600 g).  Ils se retrouvent tous dans la forêt tropicale atlantique où ils sont menacés de disparition en raison de la destruction de leur habitat. Le tamarin-lion doré possède un pelage soyeux de couleur orangé et doit son nom à sa crinière de même couleur.  Il vit en petits groupes de 2 à 11 individus, généralement apparentés.  Chaque groupe nécessite environ 40 ha de forêt tropicale humide, bien pourvue en plantes épiphytes et en arbres creux pour leur permettre de se cacher de leurs prédateurs que sont les oiseaux de proie, ocelots et boas constricteurs.

Les derniers tamarins-lions dorés

À l'origine, les tamarins-lions dorés se retrouvaient dans un segment de la forêt tropicale atlantique qui couvrait toute la côte de l'état brésilien de Rio de Janeiro, et ce, jusqu'aux premières montagnes de la Serra do Mar (14 000 km2). Cette forêt a été réduite au fil des siècles, à mesure que les terres étaient défrichées pour la production de canne à sucre, de café ou pour en faire des pâturages destinés au bétail. Dans les années 1960, les derniers tamarins-lions dorés (quelques centaines) ne vivaient plus que sur des parcelles éparses de forêt tropicale, accrochées à des collines isolées du paysage brésilien. C'est à cette époque que le primatologue brésilien Adelma Coimbra-Filholança lança un appel à l'aide pour la sauvegarde de cette espèce.

La Smithsonian Institution et l'université du Maryland s'associèrent à leurs partenaires brésiliens pour créer, au début des années 1970, le Golden Lion Tamarin Conservation Program. Le travail accompli grâce à ce programme fut colossal :  protocole favorisant la reproduction en captivité, établissement d'aires protégées, introduction de tamarins-lions dorés dans la Reserva Biológica União (en 2003), croissance de la population en milieu naturel, création de corridors forestiers pour relier les petites forêts entre elles et ainsi permettre la circulation et le mélange des populations de tamarins-lions dorés autrement isolées, etc. L'Associação Mico-Leão-Dourado (association brésilienne responsable de la mise en œuvre du programme) est aussi très active dans le domaine de la recherche scientifique et de l'éducation.

Objectif 2025

On vise à atteindre pour 2025 des conditions favorables à la survie du tamarin-lion doré à long terme.  Cela signifie pour cela que la population poursuive sa croissance pour passer de 1 500 tamarins-lions dorés, vivant actuellement dans 18 forêts isolées (total de 154 km2), à 2 000 individus vivant dans un ensemble de 250 km2de forêts interconnectées.  On se mettrait ainsi, statistiquement, à l'abri de la consanguinité et des désastres naturels qui peuvent toucher une partie de l'habitat, et ce, pour les 100 prochaines années. La population captive de 450 tamarins-lions dorés vivant actuellement dans 150 zoos à travers le monde joue quand à elle trois rôles majeurs pour la sauvegarde de cette espèce :

  1. Elle permet de maintenir une population de réserve en cas de désastre naturel majeur en milieu naturel;
  2. Elle permet d'approfondir nos connaissances scientifiques sur ce primate;
  3. Elle joue un rôle d'éducation et de sensibilisation.

Le Biodôme participe aussi à cette mission, autant pour le tamarin-lion doré que pour de nombreuses autres espèces menacées ou vulnérables que vous pourrez découvrir lors d'une prochaine visite.  

Daniel Sauvageau est naturaliste scientifique au Biodôme de Montréal.

  Pour en savoir plus :

 

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