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Léguer sa terre aux générations futures

Le boisé fait le bonheur des classes
Credit: © Céline Lussier Cadieux
Le boisé fait le bonheur des classes © Céline Lussier Cadieux
Léguer sa terre aux générations futures

En créant le Camp de base de la mission 1 000 jours pour la planète, Espace pour la vie a lancé un mouvement pour la biodiversité. Les ambassadeurs, des gens qui ont décidé d’afficher un geste qu’ils posent pour la planète, sont si inspirants que nous voulons partager avec vous leur histoire. Qui sait, peut-être serez-vous inspiré et deviendrez-vous à votre tour un ambassadeur!

« J’ai senti que c’était un petit trésor qu’on avait à côté de chez nous et qu’on risquait de le perdre, car la ville de Saint-Hyacinthe commençait à l’utiliser pour y faire un dépôt de neige ». Céline Lussier Cadieux me raconte l’élément déclencheur qui la mena à vouloir faire quelque chose avec la terre de ses parents, afin qu’elle soit conservée et qu’elle reste accessible à d’autres marcheurs désirant se promener dans les bois.

Une terre remplie de mémoire

Au milieu des années 50, Adrienne Beauregard et son mari René Lussier exploitent une ferme laitière sur leur terre dans la région. Plusieurs années passent, et le troupeau est éventuellement vendu. Mais, une portion du terrain servant au pacage des bêtes continue de servir de lieu de randonnée privilégié pour la famille. Un jour d’hiver, alors que sa mère Adrienne peine à escalader l’immense butte de neige qui la sépare de sa terre, Céline s’éprend de la mission de sauvegarder le boisé. Ses parents et ses quatre sœurs approuvent son projet. S’ensuivent douze ans de démarches! En 2000, René décède, et ce n’est qu’en 2007 qu’Adrienne parvient à léguer officiellement sa terre à la conservation perpétuelle de la biodiversité. Ainsi est née la réserve naturelle du Boisé-des-Douze.

À douze arpents du bonheur

Alors que je roule dans un quartier de Saint-Hyacinthe plutôt industriel, quelle n’est pas ma surprise de voir poindre au bout du chemin une oasis de feuillus au cœur de la ville. C’est là que Céline m’accueille, à bras ouverts, dans « son » boisé. Baptisé le Boisé-des-Douze, il puise son nom du ruisseau du même chiffre qui le sillonne, situé à douze arpents du chemin principal le plus proche, la route 137. Les quatre hectares concédés par sa mère sont une portion de ce boisé dans lequel on peut se balader sur 2,5 km de sentiers. La résiduelle du boisé ayant été aménagée et rendue accessible avec l’accord des propriétaires des terres adjacentes.

Présidente du conseil de l’organisme du Boisé-des-Douze et forte de son sentiment d’appartenance au lieu, Céline veille au boisé depuis de nombreuses années. On sent que les arbres, les oiseaux et les insectes qu’il abrite sont un peu comme le prolongement de sa famille.

Une place de choix pour les espèces indigènes

Accompagnée des autres membres du conseil, Céline coordonne les activités de surveillance, d’entretien, de conservation et d’éducation des lieux. Elle me relate les petites luttes menées avec joie contre la propagation d’espèces qui pourraient appauvrir la diversité des plantes indigènes du boisé. Régulièrement, des équipes de bénévoles retroussent leurs manches lors de corvées. Ainsi sont prélevées les pousses d’érable de Norvège, pour laisser place aux érables rouges, tilleuls d’Amérique et autres espèces pouvant être affectés par la compétition. La brigade s’attaque aussi à l’alliaire officinale, judicieusement arrachée aux endroits où de nombreuses colonies de violettes indigènes bordent le ruisseau. Le nerprun, cet envahisseur des sous-bois, y passe aussi, alors que le phragmite fait l’objet d’interventions.

Le geste généreux et inspirant d’Adrienne et ses cinq filles, comme elle se plaît à le préciser, a profité à toute la communauté. Son souhait pour la suite? Elle aimerait que son initiative inspire d’autres propriétaires à investir dans la conservation de la biodiversité. Chez sa fille Céline, le devoir de laisser en héritage ce dont elle a pu jouir dans son enfance se sent dans l’amour et l’énergie qu’elle investit à conserver le Boisé-des-Douze. Lorsque ses petits-enfants sont en visite, elle les amène s’y promener. Quatre générations ont foulé ces précieux sentiers, et des dizaines d’autres sont à venir…

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