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Carnet horticole et botanique

Entretien

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Anémone du printemps (Pulsatilla vernalis)
Credit: Jardin botanique de Montréal (Michel Tremblay)

Le sol

Le sol exige d'être amendé si l'on veut réussir la culture des plantes de rocaille, car nombre d'entre elles ne passeront pas l'hiver, surtout si elles se trouvent dans les sols argileux qui se rencontrent typiquement dans les jardins de la plaine du Saint-Laurent. En effet, durant l'hiver, qui est la période critique pour les plantes, les sols argileux gèlent très profondément et prennent du temps à dégeler, ce qui étouffe les racines. Dans un sol plus granulaire, les petites poches d'air qui s'y trouvent permettent d'éviter ce problème.

Les plantes alpines n'ont pas de grands besoins nutritifs et colonisent souvent des sols instables, remaniés et pauvres. Plutôt que d'insister sur la qualité du sol comme on a tendance à le faire pour les autres cultures, il faut plutôt en améliorer la texture pour favoriser le drainage.

Le drainage

Le drainage constitue l'élément de base de toute installation destinée à recevoir des plantes alpines. On peut épandre une couche de matériaux grossiers pour emprisonner l'air (cailloux, brique, etc.) dans le sous-sol aux endroits où l'eau risquerait de stagner à cause de son imperméabilité. Une autre possibilité serait de surélever la surface de culture pour que l'eau s'écoule rapidement après la pluie.

Le paillis

L'épandage d'une couche de gravier (de calibre 3/8" à 1/2" ou 5-10 mm), au pied des plantes de rocaille, est une autre façon d'enrayer la pourriture du collet qui les ravage trop souvent: cela permet l'évacuation rapide de l'eau à la base de la plante et maintient le collet au sec. Un ajout de gravier de temps à autre lui est toujours bénéfique et lui confère une apparence soignée. Enfin, le paillis conserve au sol une certaine fraîcheur, prévient les éclaboussures de boue et de terre sur le feuillage, en plus d'empêcher la croissance des mauvaises herbes; c'est donc un amendement très utile.

Un conseil...
Il est impératif d'amender le sol avec du sable grossier, du gravier et de la mousse de tourbe. Un supplément de matière organique peut être incorporé sous forme de compost, en profondeur plutôt qu'en surface, pour prévenir la pourriture du collet à laquelle sont sensibles les plantes alpines.

L'arrosage

Puisqu'elles croissent souvent sur les pentes où l'eau s'écoule rapidement en surface, les plantes alpines doivent pouvoir puiser l'eau en profondeur. Adaptées à cette situation dans la nature, elles sont pourvues de racines qui s'enfoncent rapidement ce qui, du même coup, leur assure un ancrage solide à la pende, à l'éboulis ou aux fissures et falaises auxquelles elles s'accrochent. Dans la rocaille, il faut forcer les plantes à développer des racines profondes, car elles auront à faire face aux chaleurs et aux sécheresses intenses de nos été continentaux.

Un conseil...
Le premier été des jeunes plantes alpines est déterminant. Il faut leur imposer un certain stress en alternant les arrosages en profondeur avec des périodes de chaleur et de sécheresse, tout en les surveillant bien. En outre, il faut réussir à bien évaluer le degré de stress hydrique (lorsque la plante commence à faner, c'est le temps d'arroser) auquel on expose les plantes pour que l'opération soit réussie car un excès d'eau, tout comme un manque d'eau, aurait des effets désastreux. Après la première année, la plante devrait pouvoir survivre avec les soins habituels.

Le désherbage

Il n'est pas possible de réussir la culture de plantes alpines si on ne combat pas les mauvaises herbes. Les plantes alpines croissent en montagne, loin des plantes opportunistes que sont les mauvaises herbes, et colonisent généralement des surfaces vierges, préoccupées par l'urgence de s'ancrer, de ne pas se déshydrater et de se reproduire rapidement. Toute leur énergie est canalisée vers ces besoins primordiaux. Elles sont donc mal adaptées à la compétition pour la lumière et les éléments nutritifs; en fait, il s'agit généralement d'une lutte sans merci.

Un conseil...
Toutes les plantes de rocaille n'ont pas la même vulnérabilité face aux envahisseurs. Les plantes qui croissent à des altitudes plus basses sur les flancs des montagnes ou dans les prairies, dans des milieux plus cléments, sont mieux adaptées au partage de l'espace avec un grand nombre de végétaux. Ces plantes sont sûrement de meilleurs choix pour les rocailles qui sont situées dans des endroits où règnent aussi les mauvaises herbes.

Il faut donc user de stratégie et planter les plantes alpines là où on pourra les surveiller et intervenir rapidement au moment critique de l'été où abondent les mauvaises herbes. Par exemple, il sera inutile d'essayer de culture une silene (Silene acaulis) ou un saxifrage à feuilles opposées (Saxifraga oppositifolia), des petites plantes tapissantes à croissance lente, dans un endroit envahi chaque année par le sénéçon, l'oxalide ou la prêle. Il faudra plutôt repérer les endroits où les mauvaises herbes se font rares et capitaliser sur ceux-ci pour vos plantations.

La taille

Lorsque l'on parle de taille pour les plantes de rocaille, on pense à limiter l'étalement des plantes qui ont cette facilité et ce grand désir de se ressemer partout dans la rocaille. On n'a qu'à penser aux ails, qui remportent certainement la palme, aux penstémons, campanules, asters, ancolies et arabettes. Pour les mêmes raisons que celles invoquées au chapitre des mauvaises herbes, la maîtrise de l'envahissement par la taille des fructifications portant les semences dans ce cas-ci, est essentielle chez certaines plantes de rocaille.

Les protections hivernales

La neige constitue le meilleur allié des plantes par sa qualité isolante. Cependant, la couverture de neige n'étant plus fiable d'un hiver à l'autre, nous sommes obligés d'installer des protections. Là où nous n'utiliseront pas de toiles géotextiles, il sera utile, entre autres, d'étaler des branches de conifères ou un paillis de paille ou de copeaux aux endroits exposés au vent pour y favoriser l'accumulation de neige. On peut utiliser des toiles protectrices à la place d'un paillis organique mais dans ce cas, il faudra attendre que le sol soit gelé.

 

Texte de René Giguère tiré de la revue Quatre-Temps, Vol. 22, no.1.

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