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Carnet horticole et botanique

Époque pré-coloniale et Nouvelle-France

Français
Chez les Iroquoiens, on retrouvait du maïs, des fèves, du tournesol et plusieurs espèces de Cucurbitacées en culture intercalaire
Credit: Practical Plants database (Paris)

Récits de voyage et citrouilles géantes

Chez les Iroquoiens, les autochtones qui occupaient la grande région de Montréal au 16e siècle, c'est le clan qui faisait office de regroupement familial. Tous les représentants de clan étaient réunis dans une maison longue (Long House), une habitation qui accueillait une cinquantaine à une centaine de membres. Un village comptait de 3 à 10 de ces grandes habitations.

Dans ce contexte, le jardin potager avait donc les dimensions d'un champ en culture. Ce peuple s'adonnait à la culture du maïs. En culture intercalaire, on retrouvait des fèves, du tournesol, du tabac et plusieurs espèces de Cucurbitacées.

Les Relations des Jésuites, textes écrits par les premiers missionnaires en Nouvelle-France, nous confirment l'identité des plantes cultivées.

« Ils ont le bled d'inde, les faizoles et les citrouilles en esgale abondance. »

Les citrouilles observées sont des espèces très grosses inconnues des Européens, comme en font foi les observations de Pierre Boucher en 1663, dans son Histoire véritable et naturelle des mœurs et du pays de Nouvelle-France :

« Les graines que cultivent les sauvages, et qu'ils avoient avant que nous vinssions dans le pays, ce sont (…) citrouilles d'une autre espèce que celles de France. »

On peut en apprendre davantage sur les plantes utilisées par les Amérindiens en visitant le Jardin des Premières-Nations du Jardin botanique de Montréal.

Le chou, de même que la laitue et le navet furent les premières plantes cultivées d'origine européenne. Pour les premiers colons et les marins des navires qui explorent le Saint-Laurent, les premiers établissements accueillent de modestes jardins destinés à l'auto-suffisance.

L'approvisionnement des premiers Européens « résidants » devient une préoccupation majeure.

Lors du troisième voyage de Jacques Cartier en Nouvelle-France, on propose d'y envoyer six laboureurs et six vignerons. Les provisions doivent comprendre des animaux domestiques et « toutes sortes de grains et de semences ». Il ne fait aucun doute que ces conseils furent suivis.

« Le sieur Hébert avoit planté quelques pommiers pendant sa vie, qui ont porté de fait bons fruicts, à ce qu'on m'assure; le bestail a gâté ces arbres. »

Pehr Kalm, dans son Journal de voyage en Amérique du Nord, nous renseigne assez bien sur les potagers. Entre Albany et Saratoga, le 23 juin 1749,

« les fermes sont ordinairement bâties sur les pentes qui avoisinent le fleuve. Chacune possède d'habitude un petit potager et un jardin encore plus petit. Dans le premier, on retrouve des courges, des squabes et des melons d'eau ainsi que des haricots verts; le jardin, lui, possède quelques pommiers. »

En août 1749, il énumère les légumes poussant dans un jardin potager de la ville de Québec :

« Les plantes potagères viennent assez bien dans cette région-ci. Les choux pommés sont très beaux, bien qu'ils aient souffert, cette année, des vers qui mangent la feuille et y font trou sur trou. Je n'ai vu de patates dans aucun jardin, ni de l'espèce appelée Solanum, ni du Convolvulus; j'ai visité la plupart des jardins potagers de valeur, mais je n'en ai trouvé nulle part; quand j'ai demandé aux gens pourquoi ils n'en n'avaient pas, on m'a répondu qu'on appréciait aucune des deux; les Français se moquent des Anglais qui les trouvent à leur goût. En aucun endroit je n'ai pu voir des topinambours, pas plus que des panais; mais il y a beaucoup d'oignons rouges et d'autres espèces d'oignons, beaucoup de courges, de melons, de squashs, de citronnelles, de laitue, de chicorée, et également des radis rouges; radis noirs et radis rouges ne sont pas en grande quantité; il y a des betteraves rouges en assez grande quantité; relativement beaucoup de pois et de phaseoli (le haricot ordinaire); des concombres, du thym, de la marjolaine en assez bonne quantité. Les gens qui font le commerce de ces légumes depuis plusieurs années et ont l'expérience de la culture maraîchère, me disent qu'après avoir semé des graines reçues de France et en avoir récoltées ainsi durant trois générations, ils ont obtenu des graines qui avaient perdu leur vitalité et n'étaient plus bonnes à rien. Les plantes qui en proviennent ne peuvent entrer en comparaison avec les premières récoltées. Il faut donc faire venir de nouveau des graines de France. Cela s'applique aux betteraves rouges et à d'autres plantes. L'Amérique entière ignore le chou-rave. Je n'ai pas rencontré non plus de navet sur toute l'étendue du Canada. Je n'ai jamais vu utiliser de moutarde. »

Tiré de l'article de Céline Arseneault et Daniel Fortin publié dans la revue Quatre-Temps, 18(1): 20-23

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