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Carnet horticole et botanique

Évolution du carnivorisme

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Heliamphora minor appartient au genre apparamment le plus primitif parmi les plantes carnivores
Credit: Brian Gratwicke

Au moins deux groupes, probablement plus, de plantes supérieures ont développé parallèlement le carnivorisme (Slack, 1979).

On peut se demander comment s'est effectuée une telle évolution. Bien qu'il soit difficile de répondre catégoriquement à cette question, faute de fossiles adéquats, il est tout de même possible de construire un modèle de leur évolution. Disons en premier lieu qu'il a toujours existé des plantes non carnivores possédant des feuilles en forme d'urne qui pouvaient accumuler de l'eau; par exemple chez plusieurs plantes épiphytes. Certains insectes peuvent y choir accidentellement et y mourir noyés. Puis, leur décomposition, surtout effectuée par les bactéries, libère dans le milieu une certaine quantité de substances dégradées.

Parallèlement, l'absorption de sels minéraux par les feuilles, quoiqu'étant une caractéristique des plantes carnivore, ne leur est cependant pas exclusive. Ainsi, par exemple, l'arrosage des feuilles avec des substances nutritives, principalement le phosphore, est une technique bien connu en horticulture. Si les substances dégradées obtenues de la décomposition sont absorbées par la plante, celle-ci devient alors par un jeu de circonstances fortuites, carnivore. C'est ainsi que sont probablement apparues les premières plantes carnivores qui, avec l'utilisation de cette source supplémentaire d'éléments nutritifs, s'adaptèrent mieux aux milieux pauvres. Les autres adaptations morphologiques ou physiologiques furent le résultat de sélections successives en vue d'améliorer le nouveau mécanisme d'assimilation : couleur et nectar pour attirer les proies, production d'enzymes digestifs, etc. Heliamphora, le genre apparamment le plus primitif parmi les plantes carnivores, vient appuyer ce modèle. Il possède des feuilles enroulées dont les bords sont soudés pour former une urne. De plus, il est totalement dépourvu de glandes digestives, la décomposition y étant exclusivement effectuée par des bactéries.

Notons que les glandes sécrétrices de substances à propriété adhésives ne sont pas uniques aux plantes carnivores. En effet, certaines plantes ont développé de telles glandes qui leur assurent une certaine protection contre les insectes herbivores.

Référence : Slack, A. Carnivorous Plants, Mass., MIT Press, 1979, 240 p.