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Carnet horticole et botanique

Fougères rustiques vigoureuses

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Fougère-à-l'autruche.
Credit: Jardin botanique de Montréal (Michel Tremblay)

Leur vigueur semble confirmée par leur aptitude à s'établir rapidement dans des conditions particulières et à former, dans nombres de cas, un couvre-sol dense où peu de mauvaises herbes peuvent s'installer.

Tous les cercles horticoles des régions tempérées du globe connaissent la matteuccie fougère-à-l'autruche (Matteuccia struthiopteris), pour les qualités ornementales de l'espèce et sa facilité de culture en jardin. La cultiver à domicile permettra de réduire le pillage des colonies naturelles lors des excursions printanières de cueillette des fameuses « crosses-de-violon ». Vous serez sûrement plus circonspects dans votre cueillette si vous la cultivez, et vous vous limiterez à prélever une ou deux crosses par couronne mature annuellement si vous ne voulez pas affaiblir indûment vos plantes.

Réputée pour sa production de frondes largement lancéolées de plus de 2 m de hauteur dans son milieu naturel, sa croissance dans le jardin sera plus modeste et proportionnelle à la disponibilité de l'eau dans le sol : plus l'humidité sera soutenue, plus elles seront luxuriantes et on peut espérer, sous bonnes conditions culturales, des frondes d'une hauteur de 90 cm en moyenne. La disposition en vase parfait de ces frondes est un atout certain; cependant ces fougères doivent être soigneusement placées à l'abri du vent pour que leur symétrie ne soit pas altérée. Le débourrement plutôt tardif de la plante au printemps nous permet d'intéressantes associations avec des plantes à floraison printanière vigoureuse qui sauront tolérer l'ombre dense créée par les frondes plus tard en saison. Ainsi, au printemps, dans le jardin des sous-bois, on peut observer une colonie mixte de cette fougère dont les frondes ne sont pas encore pleinement développées, simultanément à la floraison remarquable des trilles grandiflores à fleurs doubles (Trillium grandiflorum 'Flore Pleno'). Le tableau est alors saisissant! Une fois établies, les colonies demanderont un nettoyage en périphérie aux deux ans afin de limiter leur croissance à leur espace de plantation originel, ce qui permet de partager avec nos amis jardiniers cette beauté indigène et de les « convertir » à la culture des fougères.

L'onoclée sensible (Onoclea sensibilis), se distingue par ses frondes nettement moins découpées, plutôt lobées et triangulaires.

Sa vigueur se traduit par sa faculté de pousser à l'ombre comme au soleil lorsque l'humidité est abondante, et sa préférence pour les terrains mouillés. Comme dans le cas de la fougère-à-l'autruche, les parties fructifères de l'onoclée sensible diffèrent de ses parties foliacées et tôt en saison, ou dès que les frondes disparaissent à l'automne, on trouve des tiges (les frondes fertiles) garnies de « grains de chapelets » renfermant les spores.

La dennstaedtie à lobules ponctués (Dennstaedtia punctilobula) jouit parfois d'une réputation de mauvaise herbe malgré les avantages certains qu'elle présente et qui compensent pour son caractère agressif : facilité d'adaptation au jardin, faculté de croître aussi bien à l'ombre qu'en plein soleil, formation de tapis denses pouvant servir d'excellent couvre-sol dans les pentes. Ses rhizomes peu profonds nous permettent d'extirper facilement des portions de la plante si elle devient trop envahissante.

Si vos fougères doivent cohabiter avec des plantes plus délicates ou votre dernière acquisition si rare, ou encore si votre espace de culture est restreint, il serait judicieux de vous tourner vers des espèces à croissance modérée en prenant bien soin d'éviter toute espèce à croissance rhizomateuse... l'apanage des trois fougères décrites jusqu'ici.

 

Texte adapté d'un article de Michel-André Otis, Quatre-Temps, vol. 18, no.2.