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Anecdotes de chercheurs et chercheuses : voyage au cœur des grands télescopes

L’observatoire IRTF est situé à 4168 mètres au sommet du Mauna Kea, à Hawaï.
Credit: Jonathan Gagné
L’observatoire IRTF est situé à 4168 mètres au sommet du Mauna Kea, à Hawaï.
  • L’observatoire IRTF est situé à 4168 mètres au sommet du Mauna Kea, à Hawaï.
  • Les télescopes Magellan Baade et Clay (à droite) sont situés à l'observatoire de Las Campanas dans la cordillère des Andes, au Chili.
  • Le télescope Magellan Baade possède un miroir primaire d'un diamètre de 6,5 mètres et sa monture occupe presque l'entièreté de l'espace du dôme.
  • L’observatoire CTIO, situé sur le Cerro Tololo, près de la vallée de l'Elqui au Chili.
  • L’astrophysicien Jonathan Gagné lors de son expédition au télescope IRTF, à Hawaï, en 2014.
Anecdotes de chercheurs et chercheuses : voyage au cœur des grands télescopes

Jonathan Gagné est astrophysicien au Planétarium Rio Tinto Alcan et voit la méthode scientifique de sa tasse de café. Oui, oui! Celui qui scrute le ciel à la recherche de naines brunes et d’associations d’étoiles jeunes étudie avec autant de minutie les variations de goût de son café matinal. Zoom sur quelques-unes de ses aventures avec les grands télescopes du monde, un café à la main.

Gagner son temps

Lorsqu’on effectue de la recherche en astrophysique, le temps d’observation dans les grands télescopes équivaut littéralement à une collecte précieuse de données. Toutefois, n’accède pas qui veut à ces observatoires! « C’est un concours où la stratégie est d’appliquer à plein d’endroits. Lors de mon doctorat, j’appliquais sur quatre ou cinq télescopes différents chaque six mois », m’explique Jonathan.

Et la chance lui a souri. Au printemps 2013, en plus d’obtenir du temps au Chili et à Hawaï, le scientifique s’est vu octroyer du temps sur deux télescopes différents aux mêmes dates. Heureusement, les observatoires se trouvaient dans le même pays. Il a donc pu effectuer son temps d’observation aux deux télescopes.

Destination Chili

Accompagné de sa collègue Amélie Simon, Jonathan s’est dirigé vers l’Observatoire interaméricain du Cerro Tololo (CTIO), au Chili. Le duo disposait alors de 14 nuits consécutives pour installer et calibrer une caméra développée à Montréal sur le télescope chilien. Dans la même période, Jonathan avait aussi obtenu trois nuits d’observation au télescope SOAR (Southern Astrophysical Research Telescope), situé sur une montagne voisine à quatre heures de route dans les Andes. Arrivé à destination après une nuit quasi blanche d’un périple mouvementé dans les Andes, il s’est mis en mode multitâches. Il pilotait l’observation avec SOAR pour récolter les données de son doctorat tout en guidant simultanément sur Skype sa collègue restée au CTIO. « Il fallait que je dirige en direct deux projets en même temps! Et ça, normalement, tu essaies de l’éviter… » avoue-t-il avec le recul.

Puis, la stabilité fluctuante de la connexion internet du Chili s’est invitée, brouillant la communication à distance entre les deux scientifiques. « Je ne voyais plus d’image et elle ne percevait plus de son, mais je l’entendais se fâcher parce que l’instrument ne marchait pas », se remémore Jonathan. Le joli chaos passé, les missions de récolte et d’installation se sont conclues avec succès, mais non sans fatigue.

Toujours plus haut

Au télescope IRTF (Infrared Telescope Facility) de la NASA, situé à un peu plus de 4100 mètres, les conditions sont périlleuses. L’accès au site du télescope à Hawaï est parfois bloqué par le verglas et la neige. L’altitude engendre une panoplie de réponses physiologiques particulières. Par exemple, pour pallier aux maux causés par le manque d’oxygène, des bombonnes de secours sont disponibles en tout temps sur place. C’est une expérience bien marquante pour l’astrophysicien.

Le chercheur raconte son expérience en riant. « C’est comme si tu avais pris deux bières. Tu te sens pompette en observant! C’est vraiment bizarre parce que tu vois de moins en moins bien les étoiles avec le manque d’oxygène. C’est comme si tous tes systèmes fonctionnaient en basse résolution. D’autres vont prendre une puff d’oxygène pour bien observer les étoiles pendant 5 secondes. »

Ces expériences de terrain extraordinaires ne sont qu’une infime partie de la recherche en astrophysique. C’est avec un ordinateur et des bases de données que les astrophysicien.nes consacrent la plus grande partie de leur temps. Pour profiter de quelques jours par année en compagnie des étoiles, Jonathan peut dédier l’équivalent de près d’un mois de travail sur des demandes de temps d’observation de télescope. Le bonbon dans tout ce labeur? « Quand tu sors de l’observatoire pendant le lever du soleil et que tu regardes le paysage, c’est assez épique », me confie-t-il.

La science dans la cuisine

Confinement oblige, l’observation au télescope se fait davantage à distance ces dernières années. Ce n’est pas moins excitant pour autant. Jonathan collabore entre autres à un projet, mené par l’astrophysicienne américaine Jackie Faherty, qui vise à récolter des données grâce au télescope James Webb qui a été lancé dans l’espace depuis peu.

En parallèle, il se consacre à sa passion pour la physique du café. Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi votre café filtre ne goûte pas la même chose chaque jour, je vous invite à le découvrir en explorant les découvertes du jeune astrophysicien à ce sujet dans son blogue Coffee ad Astra (en anglais).

Comme quoi la poursuite du savoir n’a pas besoin de nous mener à des kilomètres de chez nous!

Pour aller plus loin :

Chaque année au mois de novembre, Espace pour la vie présente la Nuit des chercheuses et des chercheurs : un événement unique qui célèbre la recherche et la rend accessible au grand public.

Vous n’avez pu y assister?

Visionner la rediffusion du talk-show En terrain inconnu de l’édition 2021 qui s’est déroulé au Biodôme de Montréal.

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