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Ces grenouilles colorées arlequins

Mâle et femelle Atelopus zeteki en amplexus. Introduit dans un vivarium de reproduction avec une femelle, un mâle A. zeteki s’est accroché au dos d’une femelle (amplexus) en moins de six heures, afin d’être bien positionné pour féconder les œufs lors de la ponte. Alors que l’amplexus dure de 30 à 60 jours pour cette espèce, celui-ci a duré 37 jours; période durant lequel le mâle cesse de manger.
Credit: Biodôme de Montréal (Roxan Ouimet)
Mâle et femelle Atelopus zeteki en amplexus.
  • Mâle et femelle Atelopus zeteki en amplexus.
  • La première ponte.
  • Apparence des têtards après 49 jours.
  • Jeune Atelopus zeteki métamorphosé.
Ces grenouilles colorées arlequins

Le mot arlequin désigne un personnage de la comédie italienne dont le vêtement est formé de pièces de diverses couleurs. Ainsi, les grenouilles arlequins, qui regroupent une centaine d’espèces appartenant au genre Atelopus, sont nommées ainsi puisqu’elles semblent avoir revêtues une tenue très colorée, un signal pour les prédateurs. De plus, elles sont ornées d’un motif à rendre les zèbres jaloux! Plus crapaud (famille Bufonidé) que grenouille, l’apparence audacieuse de cet amphibien a certainement contribué à leur créer une place dans le cœur des humains. Notamment, les indigènes colombiens Arhuacos se fient depuis belle lurette sur le chant de la grenouille arlequin « nuit étoilée », pour déterminer quand ensemencer la terre ou organiser des cérémonies spirituelles. D’autre part, d’anciens récits panaméens portent à croire que la grenouille dorée du Panama (A. zeteki) se transforme en or sous terre lorsqu’elle meurt. De nos jours, cette espèce figure comme porte-bonheur sur les billets de loterie du pays, et elle est vénérée le 14 août, soit el Día de la Rana Dorada.

Les grenouilles arlequins ont été au coeur des recherches scientifiques pendant les années 1980. On a ainsi pu remarquer le déclin subit et la disparition fulgurante de plusieurs populations sans cause évidente. Cela a contribué à promouvoir une collaboration internationale pour démystifier les circonstances inquiétantes. C’est ainsi que nous avons pris connaissance de la pandémie mortelle causée par le champignon pathogène Batrachohytrium dendrobatidis (chytride), décrit dans un blogue précédent, qui faisait ravage dans différentes régions du monde. Aujourd’hui, on croit que les grenouilles arlequins ont été particulièrement atteintes par le chytride pour deux raisons: d’une part, plusieurs d’entre elles vivent dans une aire de répartition restreinte, et d’autre part, elles ont tendance à habiter les élévations supérieures de forêts tropicales montagneuses, qui offrent des conditions environnementales à la fois fraîches, humides et favorables à la croissance du chytride. Selon différentes sources, seulement une dizaine des grenouilles de ce groupe demeurent non touchées par une quelconque menace, tandis que 30 à 40 espèces parmi elles sont présumées éteintes; le reste étant en déclin, principalement dû au chytride..

La grenouille dorée, éteinte en milieu naturel

À la fin des années 1990, des chercheurs œuvraient déjà à protéger une grenouille arlequin en particulier - la grenouille dorée du Panama - contre les prises en milieu naturel pour la revente ou l’exposition en vivarium, lorsqu’ils furent mis en garde de l’arrivée imminente du chytride invasif. Ce groupe a désespérément établi un centre de soins sur place et collecté le plus d’individus possible dans l’espoir de les sauver d’une extinction quasi certaine. Quelques instituts zoologiques basés aux États-Unis ont ensuite aidé pour établir des protocoles de reproduction de ces grenouilles en captivité. Une tâche difficile considérant les conditions particulières requises pour déclencher une saison des amours artificielle chez l’espèce, et la nécessité de planifier des croisements spécifiques entre individus pour maintenir une population génétiquement diversifiée. Mais les efforts ont porté fruit, et aujourd'hui, la population captive comprend plus de mille individus répartis à travers une cinquantaine d’institutions zoologiques situées aux États-Unis et au Canada. L’objectif ultime du projet intitulé Project Golden Frog vise à repeupler l’habitat naturel de ces grenouilles lorsque les facteurs ayant conduit à leur extinction dans la nature disparaissent.

Le Biodôme, fier collaborateur

Depuis 2017, le Biodôme de Montréal participe au Project Golden Frog et nous avons eu sept pontes d'oeufs dans les trois dernières années. Nous partageons ici avec fierté quelques images des résultats, et j’en profite pour féliciter Roxan Ouimet, Sylvain Ethier et Marisa Scrilatti, techniciens en soins animaliers au Biodôme, pour l’excellent travail accompli dans le cadre de ce projet! Au nom des grenouilles dorées du Panama: muchisímas gracias!

Références

  • Bittel, J. (2019). “On la pensait éteinte depuis 30 ans, la grenouille arlequin nuit étoilée signe son grand retour.” National Geographic, 18 déc.
  • Greshko, M. (2019).  “Amphibian 'apocalypse' caused by most destructive pathogen ever.” National Geographic, 28 mars
  • La Marca, E., Lips, K. L., Lötters, S., Puschendorf, R. (2005). Catastrophic Population Declines and Extinctions in Neotropical Harlequin Frogs (Bufonidae: Atelopus). Biotropica 37(2):190–201
  • Lecumberry, M. (2017). “La Grenouille Dorée, bijou vivant du Panama, sauvée in-extremis.” Overblog, Sagapanama, 25 mai
  • Lips, K. L. (2016). Overview of chytrid emergence and impacts on amphibians. Philosophical Transactions B 371: 20150465
  • Poole, V. / NAIB (2006). Husbandry Manual Panamanian Golden Frog Atelopus zeteki, Second Edition.
  • Scheele, B. C., Pasmans, F., Skerratt, L. F., 2019). Amphibian fungal panzootic causes catastrophic and ongoing loss of biodiversity. Science 363(6434): 1459-1463

 

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