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L'île Bonaventure et mon amour de la mer

La mer c’est le vent, le froid qui fouette les sens.
Credit: Espace pour la vie (Daniel Sauvageau)
La mer c’est le vent, le froid qui fouette les sens.
  • La mer c’est le vent, le froid qui fouette les sens.
  • Le fou de Bassan, ce grand prince blanc de l’Atlantique Nord.
  • Les fous de Bassan que l’on retrouve par milliers au-dessus des falaises de l’île Bonaventure.
  • Une marche de deux kilomètres à travers les sapins rabougris.
  • Des falaises bordées d’épilobes en fleurs.
  • La spectaculaire fête de la vie dans toute son abondance.
L'île Bonaventure et mon amour de la mer

Le 15 mai 1982, j’arrivais dans le village de Percé. Les années qui suivirent allèrent définir l’intense passion que j’ai pour la mer. Je propose de partager avec vous la façon dont j’ai vécu ces années sur l’île Bonaventure, une expérience qui a profondément imprégné ma chair et mon esprit semant la flamme qui continue à faire battre mon cœur.

Vents et embruns

Pour moi, la mer c’est le vent, le froid qui fouette les sens et les embruns qui couvrent le visage de fines gouttelettes d’eau de mer au goût de varech et d’iode. Ce sont les hautes parois rocheuses d’où l’on peut contempler l’infini vertigineux où flottent les goélands grisés de hautes voltiges. Voilà la mer que j’aime et qui m’habite, la puissance des éléments qui me font rêver d’aventures et de trésors, les trésors de la mer.

Fantômes et peuple ailé de l’île Bonaventure

L’un de ces trésors est un prince, le grand prince blanc de l’Atlantique Nord que l’on retrouve par milliers au-dessus des falaises de l’île Bonaventure. Une île ancrée au bout de la péninsule gaspésienne, habitée par les fantômes d’un passé pas si lointain. Ancien village de pêcheurs, puis paisible lieu de villégiature, il n’en reste que quelques habitations délaissées, d’anciens jardins survivants et des voies de circulation d’autrefois. À nous de suivre leurs traces, de nous créer un monde peuplé d’invraisemblances. J’ai eu la chance de parcourir de nuit les sentiers de l’île, seul au sein de sa forêt spectrale. Difficile de se débarrasser de ses fantasmes et de ses peurs dans ce grand vide silencieux, sans habitants et loin du monde. En fait, cette île est l’univers des fous de Bassan et du peuple des guillemots marmettes, des petits pingouins et des mouettes tridactyles.

Fous de Bassan et vent du large

Pendant six ans, j’ai eu le privilège de partager la vie de ces oiseaux marins. J’ai vu les adultes installer leur nid, pondre leur œuf unique, puis incuber, couver et nourrir les oisillons à tour de rôle. Les fous de Bassan sont d’excellents voiliers en mer. Ils savent utiliser la force du vent avec une efficacité hors du commun. Ils peuvent parcourir des centaines de kilomètres s’il le faut pour trouver les bancs de poissons nécessaires pour nourrir leur petite boule de duvet, leur petit resté au nid.

À travers les sapins rabougris

Les fous savent se laisser désirer. Une marche de deux kilomètres à travers les sapins rabougris nous en sépare. Mais l'île révèle ses plus beaux secrets à ceux qui savent se perdre et choisir les petits sentiers sinueux. Résultat : des falaises bordées d’épilobes en fleurs, loin du vacarme de la colonie de fous de Bassan. Nous voilà bercé par les plaintes des mouettes tridactyles qui nichent par milliers en contrebas dans les parois abruptes, le « rah-rah rah » d’un fou en route vers son nid et parfois par le souffle d’une baleine invisible qui longe la falaise vertigineuse.

Des essaims de petits oiseaux de mer

À la blancheur du prince de ces lieux, les hordes de guillemots marmettes et de petits pingouins opposent le gris ardoise et le noir de jais. Cette multitude niche en groupes compacts dans les fissures de la falaise. Des nuées de ces petits oiseaux de mer viennent frôler les bateaux qui nous amènent voir la spectaculaire fête de la vie dans toute son abondance.

Voilà le secret, l’abondance. Une abondance estivale de plancton et de poissons qui permet de nourrir une multitude, un lieu de choix pour assurer la relève, le spectacle de la vie.

Épilogue : Daniel Sauvageau a été naturaliste-interprète à l'île Bonaventure pendant 6 ans. Cette île est un des joyaux du golfe du Saint-Laurent.

In memoriam : Gilbert Bourget 1949-2019, naturaliste à l’île Bonaventure de 1984 à 2017.

 

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2 Commentaire(s)
Portrait de Dolores Gionet
Dolores Gionet

Texte magnifique et on ressent l'amour de la nature dans toute sa beauté. Beau choix de photos. Très invitant.

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Espace pour la vie

Merci pour votre beau commentaire, que nous transmettons à l'auteur!

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Portrait de Anonymous