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Le chytride, ce champignon parasite

Grenouille dendrobate à tapirer (Dendrobates azureus). C’est à partir d’une grenouille du genre Dendrobates que le champignon pathologique responsable de déclins de population chez 500 espèces d’amphibiens, et de l’extinction de 90 d’autres, fut isolé et décrit (Longcore et al. 1999).
Credit: Biodôme de Montréal
Le chytride, ce champignon parasite
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Le chytride, ce champignon parasite

Au moment où j’écris ces lignes, notre monde est en pause. Depuis quelques mois déjà, nous suivons attentivement les nouvelles concernant la propagation rapide du virus causant la COVID-19. De l’Asie jusqu’ici, personne ne contestera le rôle du mouvement massif, croissant et infatigable des humains à l’échelle mondiale dans l’évolution foudroyante de cette affreuse pandémie. Simultanément, mais plus subtilement, le commerce international d’animaux, de plantes et de matières comestibles entraîne aussi la propagation de pathogènes qui menacent une multitude d’espèces animales et végétales, nuisant à la santé des écosystèmes sur lesquels nous dépendons pour des services écologiques, tels la pollinisation et notre sécurité alimentaire, la  fixation du CO2 et la régularisation du climat, etc.

Une épizootie qui touche les animaux

Le monde des amphibiens est quant à lui aux prises avec plus d’une menace dévastatrice : perte d’habitats, changements climatiques, espèces invasives, etc. Le coup de grâce arrive brusquement sous la forme d’un champignon pathogène appelé chytride (Batrachochytrium dendrobatidis), qui provient de la péninsule coréenne. Celui-ci touche plus particulièrement les amphibiens qui vivent dans les régions tropicales des Amériques et de l’Australie. Infectant leur peau perméable, le chytride nuit aux échanges cutanés en gaz et en eau, provoquant un déséquilibre électrolytique et l’arrêt cardiaque chez les victimes en quelques jours. La chytridiomycose est maintenant connue comme la maladie infectieuse émergente responsable de la plus grande perte de biodiversité jamais enregistrée, ayant entraîné le déclin de populations chez 500 espèces d’amphibiens, et l’extinction présumée de 90 autres, en une cinquantaine d’années. Le chercheur Matthew Fisher, spécialiste des champignons pathogènes, a décrit des scènes apocalyptiques, où on pouvait « marcher sur des tapis de crapauds » tués par le chytride. Malheureusement, seulement 12% des espèces affectées démontrent des signes d'amélioration, et ce, seulement au niveau local, pas à l’échelle de l’espèce. Même si des moyens de guérir des individus infectés par le chytride ont été développés, le champignon peut persister dans l’environnement, rendant alors inefficaces les traitements à cette échelle. De plus, certaines espèces d’amphibiens sont porteuses saines du pathogène et servent ainsi de réservoirs. C’est dans ce contexte d’urgence pour la conservation des amphibiens que le Biodôme s’est engagé, avec 50 autres institutions zoologiques aux États-Unis et au Canada, à participer au maintien d’une population génétiquement saine de la grenouille dorée du Panama (Atelopus zeteki) en captivité, dans l’espoir de pouvoir éventuellement la réintroduire dans son milieu naturel, contaminé par le chytride.

Un moment favorable aux changements

Les impacts économiques, politiques et sociaux de la COVID-19 offriront une motivation à revoir nos habitudes et activités pour éviter d’autres pandémies. Depuis des décennies, des chercheurs comme Matthew Fisher demandent l'augmentation des mesures biosécuritaires encadrant les échanges intercontinentaux d’animaux et de plantes pour éviter d’autres panzooties. Peut-être seront-ils mieux écoutés dans ce contexte pandémique?

L’arrivée de la COVID-19 force cette mise en pause, et conséquemment, les projets de recherche et de conservation visant à protéger entre autres les amphibiens le sont aussi. Ces projets de recherche sont majoritairement épaulés par des institutions zoologiques, universités, gouvernements et ONG, qui sont eux aussi durement frappés par les impacts économiques de la situation actuelle. Pourtant, plus que jamais, les amphibiens ont besoin de notre soutien. Vous souhaitez donner un coup de main aux amphibiens? Rendez-vous sur Save the Frogs, Amphibian Ark, ou l’Atlas des Amphibiens et Reptiles du Québec.

Sources :

  • Fisher, MC, Henk, DA, Briggs, CJ, Brownstein, JS, et al. (2012). Emerging fungal threats to animal, plant and ecosystem health. Nature 484:186-194
  • O'Hanlon, SJ, Rieux, A, Farrer, RA., Rosa, GM., et al. (2018). Recent Asian origin of chytrid fungi causing global amphibian declines. Science, 360(6389):621-627
  • Longcore, JE, Pessier, AP, Nichols, DK. (1999). Batrachochytrium dendrobatidis gen. et sp. nov. a chytrid pathogenic to amphibians. Mycologia (91)2:219-227
  • Russo, CJM. Russo, Ohmer, MEB, Cramp, RL, Franklin, CE. (2018). A pathogenic skin fungus and sloughing exacerbate cutaneous water loss in amphibians. Journal of Experimental Biology, 221, jeb167445. doi:10.1242/jeb.167445
  • Scheele, Pasmans, F, Skerratt, LF, 2019). Amphibian fungal panzootic causes catastrophic and ongoing loss of biodiversity. Science 363(6434): 1459-1463
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