Blogue

Le problème avec l'abeille domestique

Abeilles domestiques apis
Credit: Espace pour la vie/André Sarrazin
Honeybees
  • Honeybees
  • Honey bee hives
  • Honey bee on a flower
Le problème avec l'abeille domestique

Qui n’a jamais entendu parler de l’abeille domestique? Les scientifiques l’appellent Apis mellifera, c’est-à-dire “l’abeille qui porte du miel”. Aussi connue sous les noms d’abeille européenne ou d’abeille à miel, elle est celle qui vit dans les ruches et qui produit ce miel tant apprécié. Les abeilles indigènes, pourtant plus diversifiées et souvent plus efficaces pour la pollinisation, restent dans l’ombre de l’abeille domestique.

Abeille domestique et abeille indigène : quelle différence?

Alors que l’abeille domestique représente qu’une seule espèce, les abeilles indigènes regroupent une diversité d’espèces. Au Québec, on compte plus 300 espèces d’abeilles sauvages qui vivent en milieu naturel sans intervention humaine. La majorité des abeilles sauvages sont aussi indigènes, c’est-à-dire qu’elles sont originaires d’ici. Par exemple, dans la province, on dénombre une vingtaine d’espèces de bourdons, une dizaine d’abeilles coupeuses de feuilles (mégachiles) et une trentaine d’halictes (halictides). La plupart de ces espèces sont solitaires et ne produisent pas de miel.

Les abeilles indigènes font partie du vaste groupe des pollinisateurs. Ceux-ci sont impliqués dans la reproduction d’environ 90% des plantes à fleurs dans le monde. Environ 75% des cultures dépendent, à différents degrés, de la pollinisation par les animaux, dont les insectes. Plusieurs abeilles indigènes sont associées à des plantes spécifiques, qu’elles pollinisent de façon particulièrement efficace. Par exemple, les bourdons sont associés aux espèces de la famille des éricacées, comme les bleuets et les canneberges.

Une espèce introduite

L’abeille domestique n’est pas originaire d’Amérique du Nord. Elle vient d’Eurasie et d’Afrique, où les humains l’exploitent depuis des millénaires pour profiter de ce précieux nectar. Elle a été introduite pour la première fois sur le continent américain par les colons européens au 17e siècle. Certaines colonies d’abeilles domestiques ont déserté leurs ruches et sont devenues sauvages. Cela s’est produit notamment au sud des États-Unis et au Mexique. L’abeille domestique a donc été ajoutée à l’entomofaune indigène déjà présente dans ces régions. Au Québec, l’abeille domestique ne peut survivre à l’état sauvage en raison de la rigueur des hivers. Elle a besoin de l’aide des apiculteurs, qui isolent et préparent les ruches pour qu’elle puisse survivre à la saison froide.

De nos jours, l’industrie apicole représente des milliards de dollars à l’échelle mondiale. Selon l’Institut de la statistique du Québec, la valeur des ventes de miel et autres produits apicoles (gelée royale, cire, reines, nucléi) et des locations de colonies s’élevait à 20 millions de dollars en 2022. Les producteurs québécois de plusieurs cultures comme les canneberges, les bleuets, les pommes et les fraises louent des colonies pendant la période de floraison pour augmenter leurs rendements.

Les abeilles en déclin, mais les ruches en croissance

Dans les années 2000, un taux de mortalité anormalement élevé a été observé dans les ruches en Amérique du Nord et en Europe. Ce phénomène a éventuellement été nommé syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Bien que cette mortalité accrue soit préoccupante, le nombre total de colonies dans le monde continue d’augmenter. Ainsi, l’abeille domestique n’a jamais été considérée comme une espèce menacée.

Le syndrome d’effondrement a fait grand bruit dans les médias, suscitant un vif intérêt du public pour le sort des abeilles. Cette volonté d’aider les abeilles s’est traduite par des actions qui ne sont pas toujours dirigées vers la bonne cible. Certaines entreprises ont même profité de ce mouvement pour vendre produits et services dont l’efficacité n’est pas toujours démontrée, un phénomène appelé “bee-washing”.

C’est ainsi que les “hôtels” à insectes et les ruches ont connu un élan de popularité, surtout en milieu urbain. À Montréal seulement, il y aurait environ 3000 ruches pouvant contenir jusqu’à 50 000 abeilles domestiques chacune. Le problème est que les fleurs sont insuffisantes en ville. En d’autres mots, il n’y a pas assez de nectar pour répondre aux besoins de toutes les abeilles.

Pendant ce temps, les abeilles indigènes déclinent bel et bien. Des recherches menées dans différentes régions du monde et portant sur différents groupes d’insectes pollinisateurs constatent la même chose : l’abondance et la diversité des abeilles indigènes diminuent depuis quelques décennies.

L’élevage d’abeilles domestiques nuit aux abeilles indigènes

Non seulement l’élevage d’abeilles domestiques n’améliore pas le sort des abeilles en général, mais il est de plus en plus évident qu’il leur nuit, surtout en milieu urbain. Par sa taille et son abondance, l’abeille domestique crée une compétition déloyale aux autres espèces. Cette compétition pour les ressources alimentaires n’est pas le seul problème : la transmission de pathogènes est aussi un enjeu lorsque la densité d’abeilles domestiques est si élevée.

Comment aider les abeilles indigènes?

À la lumière de ces constats, quels gestes aideraient véritablement les abeilles et les autres pollinisateurs? Les abeilles ont besoin de se nourrir et de se loger. Pour augmenter la quantité et la diversité de nectar disponibles, on peut favoriser les plantes nectarifères indigènes, ou simplement réduire la fréquence de tonte. Nos abeilles ont aussi besoin de sites de nidification. La plupart d’entre elles nichent dans le sol, tandis que d’autres nichent dans les cavités comme les tiges creuses de certaines plantes ou les trous creusés dans le bois mort par d’autres insectes. En laissant les débris végétaux (tiges, feuilles, bois mort) au sol en été et en automne, on contribue à la disponibilité de sites de nidification. Enfin, pour mieux comprendre les pollinisateurs, on peut partager ses observations avec des programmes de science participative comme le Défi biodiversité ou encore Bumble Bee Watch (bientôt disponible en français).

Pour en découvrir plus sur le rôle essentiel des insectes et arthropodes
Abonnez-vous à l'infolettre Nos voisins les insectes

Partager cette page

Articles qui pourraient vous intéresser

Suivez-nous !

Abonnez-vous pour recevoir par courriel :
Ajouter un commentaire
Portrait de Anonymous