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Magnifiques et terribles méduses

Méduse à Gota Sagher
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Magnifiques et terribles méduses

J’ai eu dernièrement à me documenter sur un animal fascinant. Un animal primitif et en apparence inoffensif, mais qui pourrait bien être à l’origine d’un basculement complet de l’écosystème marin. Cette créature de cauchemar est en fait la gracieuse et délicate méduse (plus de 1 000 espèces connues).

La gélification des océans

Imaginons un océan plein de créatures gélatineuses. Cet océan regorge de méduses, mais étrangement, les poissons et les calmars y sont absents ou très rares. Pas de tortues marines, ni de cétacés, et pas non plus de phoques ou d’otaries. L’eau y est bizarrement chaude et acide, encombrée de plastique, et elle a une faible teneur en oxygène. Non, il ne s’agit pas de la mer Morte. En fait, ce pourrait bien être l’océan du futur, et c’est ce que certains redoutent. Comment cette créature gélatineuse, faite à 98 % d’eau, pourrait-elle en venir à dominer les océans? Sa simplicité biologique semblerait lui donner un avantage.

Délicats ballets d’ombrelles

Sous sa forme libre et sexuée, la méduse se nourrit en capturant des proies qui évoluent dans l'eau et qui viennent en contact avec ses tentacules. Il s’agit d’une chasse passive. La méduse, animal primitif et aux besoins énergétiques modestes, peut vivre longtemps en attendant la capture d’une proie. Par contre, lorsque la nourriture est abondante, elle devient un prédateur très gourmand, voire insatiable : c’est alors la prolifération incontrôlable.

Vers l’apocalypse des méduses?

Plusieurs facteurs, bien réels, se conjuguent pour favoriser le cycle de « gélification ».

D’abord, les principaux prédateurs des méduses que sont la tortue marine, le thon et le poisson-lune sont devenus très rares.

Ensuite, la surpêche actuelle a généré une forte baisse des stocks de poissons. Or, les méduses sont des compétiteurs naturels qui se nourrissent aussi de krill et de petits poissons-fourrages. Elles sont très opportunistes et profitent de toutes les bonnes occasions.

L’offensive des méduses se fait également sur un autre front. Les méduses consomment les alevins et les jeunes poissons commerciaux, empêchant leur rétablissement. C'est ainsi qu'un déséquilibre pourrait s’installer dans nos océans.

Ce déséquilibre risque d’être accentué par les modifications chimiques et thermiques que les océans connaissent actuellement. En effet, les méduses résistent beaucoup mieux à ces changements (température plus élevée, acidification, pollution, anoxie) que les autres espèces marines.

Allons-nous assister à une gélification de nos océans comme certains le craignent? C’est à nous tous d’y voir.

Références

  • GERSHWIN, Lisa-ann. Stung! On Jellyfish Blooms and the Future of the Ocean, The University of Chicago Press, 2013.
  • Conférence TEDx donnée par l’auteure Lisa-Ann Gershwin (en anglais).
  • CALCAGNO, Robert, et Jacqueline GOY et coll.  Méduses : à la conquête des océans, Éditions du Rocher, 2014.
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1 Commentaire(s)
Portrait de Diane Gref
Diane Gref

Tres bon article Daniel !

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Portrait de Anonymous