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Un arbre en hiver

Un arbre en hiver
Credit: Jardin botanique de Montréal (Gilles Murray)
Un arbre en hiver
Un arbre en hiver

Comment les arbres font-ils pour passer à travers la saison froide? Ils s’y préparent dès le mois d’août!

La question est légitime : comment les arbres arrivent-ils à renaître après avoir subi les nombreuses journées – et les nuits ! – à des températures bien au-dessous de zéro ? L’interrogation touche aussi d’autres végétaux comme les vivaces, les plantes à bulbes, les bisannuelles, mais parlons ici des arbres. Et des arbres de milieux tempérés puisque l’histoire sous les tropiques serait toute autre.

Les premiers signes annonciateurs de changements se manifestent… au mois d’août ! Si vous trouvez que l’hiver arrive souvent trop tôt, parlez-en aux arbres ! En août, donc, les journées raccourcissent et signalent à l’arbre qu’il est temps de se préparer au froid. Deux choses essentielles vont se produire : les fragiles rameaux de l’année vont se lignifier et les bourgeons des futures feuilles et fleurs vont se former. Ces phénomènes combinés constituent l’aoûtement. Ainsi, contrairement à ce que l’on peut imaginer, les arbres commencent une certaine forme de repos en plein été. Ils ont tout donné côté croissance dans les premières semaines de la belle saison. Cette croissance rapide (printemps-été), son ralentissement (été) et son arrêt (automne-hiver) forment les anneaux de croissance qui permettent de compter l’âge d’un arbre.

Prêt pour l’hiver

Idéalement, la baisse des températures sera graduelle tout au long de l’automne pour donner à l’arbre le temps nécessaire pour compléter sa préparation à l’hiver. Il se met en veille, il somnole, sa croissance ralentit sérieusement : il entre en dormance. Mais sous l’écorce, il s’en passe des choses ! Des processus complexes s’enclenchent. Puisque la température d’un arbre varie avec celle de son environnement1, il faut qu’il se protège du gel, sinon, l’eau encore présente dans ses cellules gèlerait, brisant les parois cellulaires et entraînant la mort. Ainsi, une fois les feuilles tombées, l’arbre fabrique de l’antigel en synthétisant des enzymes qui dégradent l’amidon – ces longues chaînes de sucres simples fabriquées par la photosynthèse – en sucres plus petits et solubles qui abaissent le point de congélation de l'eau des cellules et permet à l'arbre de résister à des températures très froides. Sceptiques ? Placez un contenant d’eau sucrée au congélateur et observez le résultat. Toutefois, si des redoux surviennent, les molécules de sucres se regroupent et reforment l’amidon. Ce cycle se répète aussi souvent que nécessaire : entre le jour et la nuit ou d’une journée à l’autre selon les fluctuations de la météo. 

Antigel pour arbre

La présence d’antigel ne garantit pas un hiver sans dommage. Vers la fin de la saison froide, l’arbre répare des zones qui ont pu être blessées pendant les cycles de gel-dégel. En effet, sous l’effet du gel, l’air dissous dans l’eau a pu former des bulles qui empêcheraient la sève de circuler librement : c’est l’embolie hivernale ! Ce processus de réparation commence avec la formation de nouveaux vaisseaux – le xylème – qui transportera la sève brute. Pour dégager ses vaisseaux, l’arbre fait un appel d’eau et de sucres. La pression ainsi créée chasse les bulles d’air.

Le temps écoulé en complète léthargie est essentiel à la reprise de sa croissance. Elle s’opère tranquillement, en douceur, sans que rien n’y paraisse, une fois que les heures chaudes (au-dessus de 7 ⁰C) se sont aussi suffisamment accumulées. Quand les tissus du bourgeon recommenceront à se diviser, il s’ouvrira laissant voir les nouvelles feuilles… ou les nouvelles fleurs selon l’espèce.

1. C’est un organisme poïkilotherme, par opposition aux organismes homéothermes qui génèrent leur propre chaleur.

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