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Un mouton dans un costume de loup : le mimétisme batésien chez les insectes

Spilomyia longicornis est une mouche pollinisatrice inoffensive qui imite les patrons de couleur d’une guêpe pour duper ses prédateurs. Ses pattes avant sont plus foncées pour ressembler aux longues antennes des guêpes!
Credit: Insectarium de Montréal (Diane Ozdamar)
Spilomyia longicornis est une mouche pollinisatrice inoffensive qui imite les patrons de couleur d’une guêpe pour duper ses prédateurs. Ses pattes avant sont plus foncées pour ressembler aux longues antennes des guêpes!
  • Spilomyia longicornis est une mouche pollinisatrice inoffensive qui imite les patrons de couleur d’une guêpe pour duper ses prédateurs. Ses pattes avant sont plus foncées pour ressembler aux longues antennes des guêpes!
  • Les patrons de coloration jaunes et noirs de cette guêpe sont un signal aposématique clair et reconnu des prédateurs: cet insecte pique ! Plusieurs insectes inoffensifs imitent cette coloration pour duper leurs prédateurs.
Un mouton dans un costume de loup : le mimétisme batésien chez les insectes

Mécanismes de défense et signaux aposématiques

Pour éviter de se faire manger par leurs nombreux prédateurs, les insectes ont recours à une multitude de mécanismes de défense. Le papillon monarque, par exemple, est indigeste grâce aux substances toxiques qu’il emmagasine dans son corps en s’alimentant d’asclépiades. Certaines fourmis forment des colonies très agressives et territoriales. D’autres espèces, comme les guêpes, possèdent un dard capable d’infliger de douloureuses piqûres. Ces stratégies de défense sont souvent accompagnées d’un avertissement appelé signal aposématique. Ces signaux peuvent prendre plusieurs formes: une coloration vive, une apparence hors norme, des sons ou des odeurs reconnaissables. Peu importe le signal, celui-ci prévient les potentiels prédateurs que cette proie est à éviter! Les signaux aposématiques protègent à la fois la proie… et le prédateur! Après s’être fait piquer une première fois, un prédateur associera les patrons jaunes et noirs d’une guêpe (signal aposématique) à la douleur de la piqûre. Le sacrifice d’une seule guêpe protégera l’espèce de futures attaques par ce prédateur. De plus, le prédateur ne se fera plus piquer, car il évitera de consommer des guêpes et tout ce qui peut y ressembler pour un bon moment ! Plus l’expérience est désagréable, mieux le signal sera gravé dans la mémoire du prédateur.

Le mimétisme batésien

Certaines espèces inoffensives imitent les signaux aposématiques d’espèces « dangereuses » pour se protéger face à leurs prédateurs. On parle alors de mimétisme batésien (en l’honneur du naturaliste Henry Walter Bates). Pour que ce type de mimétisme fonctionne, trois espèces différentes sont impliquées : le modèle, l’imposteur et le dupe. Le modèle est l’espèce qui fait tout le travail, en développant un mécanisme de défense craint par les prédateurs. L’imposteur est l’espèce qui imite le signal aposématique du modèle. Enfin, le dupe est l’espèce qui perçoit le signal de l’imposteur comme un véritable signal aposématique; elle est dupée ! Par exemple, le syrphe, petite mouche pollinisatrice inoffensive et sans dard, imite les patrons de coloration jaune et noir des guêpes. Grâce à ce signal aposématique malhonnête, notre prédateur évitera de manger le syrphe par peur d’être piqué, et ce, sans jamais avoir goûté un syrphe de sa vie!

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De mutation à mimétisme

Le mimétisme est un mécanisme de défense involontaire guidé par des mutations aléatoires et par la sélection naturelle. Un syrphe ne décide pas un bon matin d’enfiler un costume de guêpe pour éviter d’être chassé par ses prédateurs ! Le mimétisme commence avec une mutation aléatoire dans les gènes d’un individu. Comme chez les humains, les insectes héritent de gènes de leurs parents. Parfois, un gène subit une mutation aléatoire qui résulte en une caractéristique absente chez les ancêtres du mutant. Par exemple, un syrphe pourrait naître avec une mutation au niveau de ses patrons de coloration, qui lui donnerait plus de rayures que ses sœurs. Les prédateurs du syrphe, confus par ces patrons jamais rencontrés, seront plutôt portés à manger ses sœurs que notre mutant. Ayant survécu, le syrphe rayé donnera naissance à des centaines d’autres syrphes rayés. Grâce à la sélection naturelle, ces caractéristiques offrant de meilleures chances de survie, et donc de se reproduire, seront passées de génération en génération. Ces mutations sont extrêmement rares et n'augmentent pas toujours les chances de survie. Imaginez donc le nombre de générations et de mutations aléatoires nécessaires pour que les descendants de notre syrphe rayé deviennent des copies indiscernables de guêpes… On parle de milliers, voire de millions d’années!

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