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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 2 - Les migrateurs nordiques

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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 2 - Les migrateurs nordiques
Balado Migrations d'oiseaux - Espace pour la vie

Épisode 2 - Les migrateurs nordiques

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NARRATRICE – La nature ne se met pas sur pause. Espace pour la vie vous propose de reconnecter avec elle dans cette série de balados. Bonne écoute!

JEAN-PHILIPPE – Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe. Je travaille aux Collections vivantes du Biodôme de Montréal. Dans ce balado d’Espace pour la vie, je vous parle des migrateurs nordiques. Il s’agit des oiseaux qui sont avec nous tout l’hiver et qui nous quittent au printemps. Je vous en présente quatre dans mon deuxième balado sur la migration des oiseaux.

Depuis plusieurs années au Québec, les passionnés d’oiseaux s’invitent à participer à des concours amicaux d’observations. Un des événements qui attire mon attention à chaque année est « L’avicourse d’hiver » qui se déroule du 1er décembre au 28 février. C’est une activité qui consiste à observer le plus grand nombre d’espèces d’oiseaux dans une région donnée. Bon, je vous entends me dire : « À quoi ça sert de dénombrer les espèces d’oiseaux en hiver si plus de la moitié des oiseaux ont migré vers le Sud? »
C’est que certaines espèces peuvent être observées uniquement durant l’hiver!

La plus célèbre de toutes ces espèces est sans aucun doute, notre oiseau emblème de la province et j’ai nommé le majestueux Harfang des neiges. Quel oiseau remarquable qui se reconnait facilement avec son allure de hibou au plumage blanc. Le Harfang des neiges habite le Grand Nord, l’Arctique. Il niche dans la toundra, c’est-à-dire plus au nord que la limite où on retrouve des arbres. Le paysage dans lequel il se sent chez lui est couvert de roche, de lichen et de végétation basse, parfois en zone mal drainée où se trouvent des petits arbustes rabougris. Le relief est plutôt subtil et peu accidenté… imaginez-vous au milieu d’un champ où l’on voit jusqu’à l’infini… en tout cas aussi loin que nos yeux sont capables de voir sur 360 degrés!

Le Harfang des neiges est un migrateur qui nous vient du Nord. Il passe donc les mois d’hiver dans le sud de la province. Du point de vue de la majorité de la population québécoise, c’est un oiseau qui arrive dans les régions habitées vers la fin du mois de novembre et qui nous quitte en avril… et c’est là tout l’intérêt d’en faire l’observation en hiver!
Je sais ce que vous pensez : « Si c’est un oiseau qui apprécie la toundra et qui est bien équipé pour l’hiver et la neige… pourquoi est-ce qu’il se déplace sur des milliers de kilomètres pour quand même finir dans l’hiver québécois? »

Eh bien, tout est dans la disponibilité de la nourriture. Voici ce qui arrive avec les Harfangs. Dans la toundra, le met de choix est un petit rongeur de 12 centimètres qu’on appelle le lemming. En réalité, il y a plusieurs types de proies qui sont chassés par le Harfang des neiges, mais les lemmings apportent une dimension particulière aux mouvements migratoires des prédateurs. Sous l’effet de plusieurs facteurs, il se crée des cycles de grande abondance et des creux de quasi-absence. Lorsqu’il y a beaucoup de lemmings, les prédateurs ont plus de facilité à nourrir leurs jeunes au nid et connaissent des succès de reproduction exceptionnels. Durant cette période, les Harfangs peuvent avoir jusqu’à 11 oisillons au nid, contrairement à deux ou trois en périodes creuses. Pour alimenter tous ces oisillons, la consommation de lemmings est énorme et la population de rongeurs va donc diminuer rapidement.

Je fais un calcul simple : on estime à 50 000 couples la population canadienne de Harfang. Imaginons une belle année où tous les couples produisent en moyenne 8 oisillons… C’est donc dire qu’à la fin de la saison de reproduction, il y aurait un demi-million de Harfangs des neiges à nourrir dans la toundra canadienne! Ça prend vraiment beaucoup de lemmings pour nourrir tout ce monde-là! Il faut penser qu’il y a aussi des renards arctiques et plusieurs autres prédateurs qui s’alimentent eux aussi de ces petits rongeurs.

Arrive donc un moment où le lemming vient à manquer et c’est là que le système s’ajuste. Tout ça nous mène à la meilleure stratégie pour survivre : bouger, chercher ailleurs, chasser où se trouve la nourriture. Les variations de la disponibilité des lemmings amplifient les mouvements migratoires des Harfangs. Pour eux, ça veut dire parcourir des centaines, parfois même des milliers de kilomètres pour trouver un champ qui aura été délaissé par d’autres prédateurs moins bien équipés qu’eux pour affronter l’hiver. C’est que le Harfang des neiges a des plumes extrêmement duveteuses et très isolantes, jusqu’au bout des doigts et possède aussi un système circulatoire qui assure le maintien de sa température corporelle dans les conditions les plus froides.

On pourrait dire que le Harfang sort de la toundra, mais la toundra ne sort jamais vraiment du Harfang. On le retrouve toujours dans des habitats ouverts, où les champs se suivent et se prolongent sur des kilomètres, comme si on était en Arctique. Lors de l’Avicourse d’hiver, les participants vont chercher le Harfang des neiges principalement dans les basses terres du Saint-Laurent. C’est là que se trouvent les terres les plus fertiles du Québec et donc de grandes superficies de champs avec de nouvelles espèces de rongeurs à manger, comme les campagnols.

Une autre espèce qui nous arrive du Nord et qui passe l’hiver avec nous est le Plectrophane des neiges, qu’on a déjà appelé le Bruant des neiges. C’est un oiseau de la taille d’un moineau domestique qui apprécie lui aussi la toundra arctique. Il s’alimente durant l’été de plusieurs types d’insectes et de larves qui sont abondantes dans son milieu. Par contre, quand l’hiver arctique arrive, la durée du jour très courte ne lui permet pas de s’alimenter suffisamment longtemps pour maintenir son niveau d’énergie. Aussi incroyable que ça puisse paraître, le simple fait de passer l’hiver dans le sud du Québec lui permet de bien se débrouiller. Il recherche les champs qui sont balayés par le vent et qui laissent quelques tiges de végétaux libres de neige où il pourra trouver des graines. Il fouille aussi les champs au sol pour trouver encore plus de graines et juste assez d’autres matières végétales pour garder sa vitalité.

Il est très possible de voir le Plectrophane des neiges dans le même champ qu’un Harfang en hiver. Un fait intéressant est que les mâles au printemps arrivent très tôt sur les aires de nidification en Arctique, jusqu’à six semaines plus tôt que les femelles. Ça donne le temps aux mâles de se départager les territoires et de bien s’assurer d’avoir choisi le meilleur endroit pour attirer une femelle. En moyenne, le déplacement printanier dure un peu plus de 20 jours et se fait en avril ou en mai selon les individus et les lieux de destination.

Un autre migrateur nordique que je recherche à l’hiver est la Pie-grièche boréale. C’est un oiseau d’environ 20 centimètres de long qui a beaucoup de classe avec son dos gris, son ventre blanc, les ailes et la queue noire. Il se tient plutôt à la verticale et on l’identifie assez facilement avec son masque noir qui forme une tache sombre prolongeant le bec. Parlons-en du bec… c’est un outil de capture exceptionnel avec un petit crochet à son extrémité ce qui laisse vraiment peu de chance à ses proies. En été, c’est un oiseau qui habite les zones subarctiques, la taïga, où l’on trouve des arbres de petite taille dans un vaste territoire assez ouvert. La Pie-grièche boréale aime bien se percher au bout, du bout, de l’extrémité d’un arbrisseau pour voir son territoire... son territoire de chasse.

Durant l’été, l’oiseau s’alimente surtout de gros insectes comme des sauterelles, des coléoptères, des guêpes, des mouches et des araignées. Quand l’hiver arrive, c’est un changement complet de régime alimentaire qui s’opère… Notre Pie-grièche boréale devient un des plus grands prédateurs connus sur le territoire. Le changement s’opère lorsque les insectes se font de plus en plus rares et que de la migration vers les territoires d’hiver débute. La Pie-grièche arrive au sud du Saint-Laurent vers la fin d’octobre et ajoute à son menu des micromammifères comme les souris et les campagnols. Les petits oiseaux deviennent eux aussi des proies intéressantes. Son régime alimentaire se compose alors de mésange, de tarins, de sittelles, de sizerins, de bruants, de roitelets et même à l’occasion des espèces un peu plus grosses qu’elle comme la tourterelle triste, le cardinal rouge, le Jaseur boréal. En tout, plus d’une trentaine d’espèces d’oiseaux ont été identifiées par les chercheurs comme étant des proies pour la Pie-grièche boréale en Amérique du Nord. Je trouve ça fascinant de voir comment un animal adapte son régime alimentaire lors de sa migration.

Je connais une autre espèce qui modifie grandement son alimentation en fonction de la saison. Je vous parle du Goéland bourgmestre. C’est un gros goéland, comme on dit c’est un « Gros-éland », qui habite l’Arctique à la limite de la formation des glaces. Au fur et à mesure que la glace recouvre l’océan arctique au début de l’hiver et que le fond marin est beaucoup moins accessible à marée basse, le Goéland bourgmestre se met en vol pour migrer vers les zones dégagées de glace où il pourra trouver des vers marins sous les roches, des oursins, des petits crabes… Il s’alimente dans la zone intertidale, cette portion en bord de mer qui n’est pas inondée à marée basse. C’est un régime alimentaire qui le change de son menu estival où il consomme une grande quantité d’oisillons provenant principalement d’alcidés, de bécasseaux et aussi de canetons principalement d’Oie des neiges. En hiver, ce sera donc toujours près des grandes étendues d’eau comme le fleuve Saint-Laurent qu’on le cherchera pour notre défi d’observation.

Plusieurs autres espèces d’oiseaux passeront l’hiver avec nous et nous quitterons pour aller nicher au Nord lorsqu’arrivera le printemps. Je pense au Sizerin flammé, à la Buse pattue, au Faucon gerfaut, au Bruant hudsonien… Ce qui attire mon attention avec les espèces dont je vous ai parlé aujourd’hui, c’est de voir à quel point les individus doivent modifier leur régime alimentaire pour survivre à l’hiver et que ce changement se fait en fonction des ressources et du déplacement effectué par l’oiseau. Avoir plus de temps le jour pour trouver sa nourriture, avoir un accès libre de glace et l’abondance de proies sont des éléments cruciaux qui invitent les oiseaux à faire une migration.

On dira ce qu’on voudra, mais le Québec l’hiver c’est la Floride pour les oiseaux de l’Arctique!

J’espère que vous avez apprécié ce balado! Pour explorer une foule d’autres sujets, visitez le site espacepoulavie.ca. Vous pourrez y trouver également les autres balados sur la migration des oiseaux. Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles observations.

NARRATRICE – Ce balado est une production d’Espace pour la vie. Retrouvez les contenus de cette série et plus encore sur notre site Web, section Grands curieux.

Fin

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