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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 7 - L’arrivée au site de reproduction

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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 7 - L’arrivée au site de reproduction
Balado Migrations Espace pour la vie

Épisode 7 - L’arrivée au site de reproduction

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Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe, je travaille aux collections vivantes du Biodôme de Montréal. Dans ce balado d’Espace pour la vie je vais vous raconter comment les oiseaux migrateurs s’installent sur leur territoire d’été et quels sont les enjeux qu’ils devront déjouer. Vous écoutez mon septième balado sur la migration des oiseaux et aujourd’hui, on prend le temps d’arriver sur les sites de reproductions.

« Mesdames et messieurs, veuillez boucler votre ceinture de sécurité, redresser votre siège et ranger la tablette devant vous. Nous allons procéder à la manœuvre d’atterrissage. Agent de bord, vérification, co-pilote ouvrez les volets ! »

Ce genre de message nous rend fébriles… surtout après un long déplacement ! Pour l’allée comme pour le retour… on a vraiment hâte d’arriver. Un oiseau migrateur qui se trouve en approche finale a besoin de trouver tous ces repères, qui sont de plus en plus précis au fur et à mesure qu’il se rapproche de sa destination. Par exemple une paruline à joue grise qui a emprunté la route migratoire transgolfe, aura utilisé des gros repères pour ne pas s’égarer… comme la côte océanique, une chaîne de montagnes, des Grands Lacs, elle aura remonté le long d’un fleuve et sera arrivée près d’une grosse ville illuminée sous une croix trônant au sommet d’une montagne. Eh bien ! à cet endroit, notre paruline a décidé de tourner à gauche. Déjà, elle reconnaît les lieux, elle se souvient qu’un peu plus vers le nord il y a des drôles de montagnes où les humains ont installé de gros câbles de métal avec des chaises pour accéder au sommet. C’est là, juste après la rivière, il y a un lac en croissant puis au bout de la zone marécageuse un castor a fait son barrage. L’endroit est parfait, l’an passé il y avait beaucoup de chenilles dans les peupliers. C’est là… juste là… que la paruline à joues grises s’installe pour l’été.

Dans mon histoire, un peu romancée, il faut voir un oiseau qui utilise toutes sortes de repères pour trouver le meilleur endroit qui lui permettra de se reproduire. Après tout, l’objectif de tout ce voyage-là, c’est de réunir les meilleures conditions pour assurer une descendance, produire la génération suivante et globalement… contribuer à la survie de l’espèce !

Imaginez la fébrilité de l’oiseau qui retrouve son site, il y a de fortes chances pour que ce soit celui qu’il a utilisé l’an dernier et l’année avant ça. C’est son « spot » et celui de sa partenaire bien sûr qui viendra le rejoindre dans quelques jours. Et qu’est ce qu’il fait en arrivant, la première chose, la plus importante… il chante ! C’est une expression sonore remplie de sens. Je vous le dis, j’ai beau avoir un parcours scientifique, je suis quand même sensible à certains moments magiques de la nature. Comme ce chant de l’oiseau qui revient dans son territoire. Je le reçois comme un son chargé de l’accomplissement d’un conquérant. Il dit je suis de retour, j’ai traversé tous les dangers, ici c’est chez nous !

Quand on a la chance de voir ce moment, on peut remarquer l’oiseau qui fait le tour de son territoire, il confirme la présence de ses repères et remarque les différences… On dirait que j’entends l’oiseau se dire : tiens, un arbre est tombé ici, des branches se sont accumulées sur le bord de la rivière… qu’est ce que cette voiture fait là ?

De façon générale, ce sont les mâles qui arrivent les premiers sur les territoires de nidification en moyenne quelques jours avant l’arrivée des femelles. Cette période est importante parce qu’elle marque l’établissement des territoires. C’est aussi un des meilleurs moments pour repérer les oiseaux, car, sur le territoire, c’est une bataille vocale épique qui va se livrer. L’établissement d’un territoire se fait d’abord par la déclaration de propriété ! Je prends l’exemple d’un passerin indigo, un granivore de 13 centimètres complètement bleu qui arbore un plumage iridescent. Quand le passerin indigo réclame sa propriété, c’est impossible de ne pas le voir et l’entendre. Il se déplace d’un buisson à l’autre en se perchant sur la plus haute brindille et pousse son chant caractéristique. (…)  L’habitat est constitué de végétations basses qui mélangent arbuste, buisson et herbacés. Pensez à la repousse sous les pylônes électriques dans les zones forestières… excellent habitat pour le passerin indigo ! De buisson en buisson, de brindille en brindille, il chante… et il chante fort. Il visitera les moindres recoins du secteur et fera fuir les intrus, comme tous ceux qui risquent d’entrer en compétition avec lui pour les ressources, peu importe qu’ils soient de son espèce ou d’une autre. N’allez pas croire que notre passerin se contente de ce qu’il a ! Il va aussi chercher à agrandir son territoire, avoir plus, avoir mieux. Il se fera repousser lui aussi, parfois même physiquement lors d’une poursuite par un oiseau plus gros, plus fort. C’est inévitable, il va y avoir des prises de bec !

Cette période d’intense activité est relativement courte et les esprits se calment une fois que tout est en place. C’est la période du traité de paix… un genre de trêve des hostilités pour faire place à l’étape suivante la phase de la séduction… maintenant qu’il a établi son territoire, c’est le temps d’y attirer une partenaire.

… et c’est le retour de migration des femelles. La fin de leur parcours migratoire est tout aussi exceptionnelle. Elles ont affronté les conditions météorologiques, les perturbations du paysage et tous les obstacles d’origines humaines… Elles sont arrivées, à leur tour !

Et puis là, après tout ça, si elles sont pour construire un nid, pondre des œufs, couver et nourrir des oisillons… elles ont bien le droit de choisir avec qui !

Puisque les mâles d’une même espèce se sont partagé les territoires dans un habitat, les femelles qui arrivent auront la possibilité de sélectionner le mâle qui leur semble le plus prometteur. Il ne faut pas oublier que dans le jeu de la séduction, il y a aussi de la compétition ! Dans ces conditions, même pour des espèces qui sont habituellement monogames, les aventures extra-conjugales ne sont pas rares. La dernière phase de la migration des oiseaux est fortement associée à cet enjeu d’appariement entre les couples. La destination finale qui implique le choix d’un partenaire et d’un site pour la construction du nid est aussi guidée par un autre phénomène : la philopatrie, c’est-à-dire la fidélité au site de reproduction.

À différent degré et sous de bonnes conditions, quand la reproduction se passe bien, un oiseau migrateur aura tendance à revenir au même endroit d’une année à l’autre. Des études menées au Québec sur le Petit Garrot démontrent que la fidélité au site de reproduction est élevée chez cette espèce, particulièrement pour les individus qui sont à leur deuxième année de nidification. La fidélité au site serait même très élevée si le succès reproducteur a été positif l’année précédente. On remarque que les femelles pondent en moyenne plus d’œufs lorsqu’elles sont fidèles au site de reproduction. On croit aussi que la fidélité associée aux haltes migratoires améliore les chances de survie lors des grands déplacements.

Il y a plusieurs années, j’offrais une formation à des étudiants en ornithologie qui impliquait le marquage d’oiseaux juste au moment où les mâles se partagent les territoires. Je me rappelle qu’au bout du lac Croche dans les Laurentides, il y a une petite descente derrière le bâtiment principal où il y avait un petit peuplement de thuyas. C’était un endroit qui avait été sélectionné pour faire des relevés. Durant trois années consécutives, nous avons été en mesure de confirmer la présence d’une paruline des ruisseaux… Le même individu, exactement au même endroit à chacune des années ! 

D’autres facteurs influencent aussi le choix de la destination finale d’un long déplacement migratoire. Les scientifiques étudient la fidélité au site en fonction du sexe, de l’âge et du taux de reproduction des années précédentes. On cherche aussi à faire le lien avec des paramètres associés à la qualité de l’habitat. Est-ce que l’oiseau a réussi à se trouver un habitat qui répond bien à ses besoins ? Souvent, les jeunes oiseaux qui manquent un peu d’expérience auront de la difficulté à trouver un territoire de qualité, ou à déloger un autre individu de son territoire pour lui subtiliser le sien. La migration printanière se termine avec le début de la saison de reproduction… et là aussi, il y aura des défis importants !

Dans le cas des oiseaux qui vivent en colonie, la fin du parcours migratoire est un peu différente. Par exemple, pratiquement tous les Fous de Bassan du Québec vont nicher à la même place… ils sont environ 100 000 sur l’île Bonaventure ! 

Les falaises de l’île Bonaventure sont le site de reproduction des Fous depuis toujours, c’est un bon endroit pour toute la colonie. Par contre, dans le groupe, il faut démêler qui va où et avec qui ?  

Je trouve que c’est un peu comme se donner rendez-vous dans une foule pendant un festival d’été. Si je veux passer du bon temps avec un ami, je vais lui donner un genre d’indication comme : « Je vais t’attendre au coin de la rue X et Y, tu sais il y a un commerce avec une grosse affiche bleue et des lettres jaunes. Je serai à gauche de l’affiche, sur le banc public. »

Même dans une foule de 100 000 personnes… on va se retrouver ! Et si on passe du bon temps ensemble, il y a de bonnes chances qu’on se reprenne l’an prochain… avec le même rendez-vous. Comme d’habitude. De la même façon, les couples d’oiseaux coloniaux se retrouvent entre autres par la localisation du nid avec les repères visuels de la falaise. Quand les deux partenaires se retrouvent, forcément il y a resserrement des liens et un engagement dans le projet de nidification qui se concrétise par une parade nuptiale. 

L’arrivée au site de reproduction est la dernière étape de la migration printanière. En quelque sorte, c’est d’arriver à destination qui donne un sens à tout le déplacement. 

C’est pour mieux comprendre le choix des habitats et leur utilisation que plusieurs ornithologues amateurs contribuent à faire des relevés d’observations. Cela permet de confirmer pour certains lieux la présence d’oiseaux en migration et à d’autres des oiseaux en nidification. Les scientifiques ajoutent à ces données une autre couche d’information qui permet d’orienter les mesures de protection des milieux naturels. C’est donc grâce aux efforts déployés par tous ces passionnés qu’on réussit à maintenir vivante cette dernière étape de la migration. De mieux connaître d’où viennent les oiseaux nous permet de mieux apprécier leur présence et de contribuer à leur maintien. 

« Ici votre capitaine, veuillez garder votre ceinture bouclée jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil. Merci d’avoir voyagé avec nous et passez un agréable séjour sur votre territoire de reproduction. Soyez prudents, soyez prospères et revenez-nous la saison prochaine. »

 

J’espère que vous avez apprécié le balado et je vous invite à être attentif à tous ces chants qui vont meubler votre printemps ! Pour explorer les autres balados sur la Migration des oiseaux et une foule d’autres sujets, visitez espacepoulavie.ca

Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles observations.

 

Dans le balado, j’ai utilisé le mot iridescent pour parler de la couleur du plumage du passerin indigo. La couleur des plumes peut être obtenue par des pigments de couleur ou par la forme particulière des éléments qui la composent. Quand la structure de la plume transforme la lumière pour former une couleur, on dit de celle-ci qu’elle est iridescente.

 

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