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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 8 - Les différents types de migrations

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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 8 - Les différents types de migrations
Balado Migrations Espace pour la vie

Épisode 8 - Les différents types de migrations

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Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe, je travaille aux collections vivantes du Biodôme de Montréal. Dans ce balado d’Espace pour la vie, j'ouvre la porte de la découverte et je vous parle des migrations d’oiseaux qui n’utilisent pas l’axe nord-sud. Vous écoutez mon huitième balado sur la migration des oiseaux et aujourd’hui, je vous présente les autres déplacements migratoires.

C’est la rentrée scolaire ! Comme moi, il y a des milliers de parents qui passent du mode vacances au mode “école”. Il va y avoir plein de formulaires à remplir, des routines à prendre et des horaires à ajuster. Dans tout le processus, c’est certain qu’on va entendre quelqu’un dire : “en tout cas moi, je ne ferais pas ça de même !” … et ce sera probablement moi ! Bon, je l’avoue, j’oublie parfois qu'il y a plusieurs bonnes façons de faire les choses. Ça dépend du contexte et du point du vue de celui qui accomplit la tâche.

Une chose est certaine, la rentrée scolaire, il y a plusieurs façons de la faire !

De la même manière, si je vous parle de la migration des oiseaux, on pense naturellement aux déplacements saisonniers qui s’effectuent vers le nord ou vers le sud selon le moment de l’année. Dans les faits…il y a, là aussi, plusieurs façons de faire !

Le mot “migration” veut simplement décrire le déplacement d’un groupe ou d'un individu, d’un lieu vers un autre.  Et si, on commençait avec ça ? En fait, je me pose la question à partir de quand un lieu est différent d’un autre ? 

Le premier déplacement auquel je pense n’est pas une migration en soi, mais plutôt un mouvement exploratoire. Il s’agit du moment où les oiseaux  juvéniles quittent le territoire de leur parent pour découvrir le monde. Ils vont s’éloigner de plus en plus loin et découvrir des habitats jusqu’à présent inconnus ! C’est ce qu’on appelle la dispersion. Dans les régions tempérées de l’hémisphère nord, cette période se déroule à la fin de l’été. Les comportements territoriaux des mâles sont grandement réduits et les jeunes oiseaux ont donc la possibilité d’explorer sans trop se faire déranger. C’est à ce moment que l’on observe des oiseaux dans des habitats auxquels ils ne sont pas habituellement associés. Par exemple, l’autre jour j’ai vu une paruline masquée dans une pessière, un bruant des marais dans une friche et une petite buse sur un lampadaire en bordure de l’autoroute.

Les déplacements lors de la dispersion des juvéniles sont habituellement locaux même s'ils amènent les oiseaux à visiter une variété de milieux. Pour les adultes, c’est un moment  assez excitant ! Les jeunes sont indépendants et c’est le temps de passer à l’autre étape : se préparer pour la grande migration ! 

Avant de faire un déplacement de plusieurs milliers de kilomètres, il est important d’avoir un bon équipement, pour un oiseau ça veut dire avoir des plumes en bon état. C’est donc le moment stratégique pour la mue des plumes de vol. On remarque à ce moment du cycle de vie que certaines espèces, principalement les canards, les oies et les grèbes effectuent des déplacements dans des zones propices pour l’alimentation … et le camouflage. C’est la migration de mue ! C’est que les plumes des ailes tombent toutes en même temps et que les oiseaux ne peuvent plus voler pour quelques jours. Pour ce moment critique de la vie, les oiseaux se déplacent vers des zones riches où ils pourront se cacher des prédateurs. Dès qu’ils seront en mesure de voler de nouveau ils continueront à faire leur réserve de gras en prévision de la migration d’automne.

Comme nous l'avons déjà vu dans les autres balados, les migrations saisonnières classiques s'opèrent sur l’axe nord-sud. On dit de cette migration qu’elle est latitudinale. L’intérêt pour un oiseau qui effectue ce type de migration est de changer radicalement de condition climatique. À l’hiver, on cherche à descendre vers le sud pour profiter de la chaleur et à l’été on remonte vers le nord pour profiter de l’abondance des ressources. La distance parcourue dépend de la capacité de l'oiseau à trouver ce dont il a besoin pour survivre. Les oiseaux aquatiques sont souvent des migrateurs de courte distance, dans le fond dès que l’eau n’est pas gelée… c’est déjà bien pour eux. Les insectivores parcourent des distances d’environ 2000 km, pour exploiter les zones tropicales. Plusieurs espèces côtières ou marines, qui ont la faculté de se laisser porter par le vent sur de grandes distances sans se fatiguer, compte parmi les oiseaux aux plus longues migration.. 

Maintenant les migrations atypiques, c'est-à-dire celles dont on ne se doute pas ! Par exemple, les mouvements migratoires du Traquet motteux sont absolument étonnants. C’est un oiseau qui marche au sol comme un merle et qui niche dans le Nord canadien, plus spécifiquement dans la toundra sur l'île de Baffin. Leur aire d’hivernage se situe en Afrique de l’Ouest ! Oui oui… en Afrique ! Le voyage débute à la fin du mois d’août et les oiseaux traversent l’océan en passant par le cercle polaire pour redescendre en survolant l’Europe, la Méditerranée et ensuite, traverser le Sahara pour finir dans les steppes arides des pays de l’ouest-africain. La distance parcourue est d’environ 7000 km à une altitude de 3000 m avec une seule halte. Mais le plus surprenant, c’est que les oiseaux se déplacent sur plus de 90 degrés de longitude. C’est l’équivalent de 6 fuseaux horaires !  C’est ce qu’on appelle une migration longitudinale et moi j’ai un seul mot à dire là-dessus  : WOW !

On a vu plusieurs types de migrations, du nord au sud, d’est en ouest, longues et courtes: et si on explorait de haut en bas ! Ici au Québec, on n’a pas vraiment de très haute montagne pour voir ce phénomène de la migration altitudinal. C’est un peu plus perceptible dans les montagnes Rocheuses où des espèces comme le cincle d’Amérique, le lagopède alpin et le roselin à tête grise vont descendre à des altitudes plus basses à l’hiver parce que l’épaisse couverture de neige en montagne rend plus difficile leur quête alimentaire.  Pour bien saisir l’ampleur de la migration altitudinale, il faut aller sous les tropiques, dans la cordillère des Andes par exemple. Ce qui est étonnant est que dans ces régions la photopériode change peu et la température est assez stable. Par contre, la saisonnalité des pluies amène un cycle annuel dans les floraisons et la fructification de certains arbres. Quand un oiseau est fortement associé à un type d'alimentation, il se voit forcer de se déplacer pour se nourrir. C’est le cas entre autres de plusieurs espèces de colibris en Amérique du Sud. Toujours à la recherche de nectar, les espèces comme le colibri thalassin, colibri moucheté, inca à collier ou la métallure verte se déplace sur près de 3000 mètres de dénivelé en fonction des floraisons et de l’accessibilité du nectar. D’autres espèces plutôt associées à un régime frugivore ont le même comportement. Je pense ici au manakin à fraise ou encore à l’araponga tricaronculé qui se retrouve au Costa Rica entre autres. Le fait que les oiseaux passent la saison hivernale en basse altitude est en plus accompagné par des mouvements régionaux qui favorisent un mélange génétique puisque les adultes qui remonteront dans les montagnes pour se reproduire ne vont pas nécessairement retourner sur le même versant d’une année à l’autre.

Vous remarquez sans doute que chaque déplacement a sa petite particularité. Vous êtes donc prêt pour la fameuse migration inverse ! Bon, c’est un mot qui est un peu passe-partout pour désigner un individu ou un groupe d’oiseaux qui se déplace dans le sens contraire de ce que l'on pourrait s’attendre. Par exemple des oiseaux qui vont vers le nord à l’automne ou vers le sud au printemps. L’origine de ces mouvements contraires est souvent associée à une correction de navigation ou à une condition physique déficiente. Je vous explique. Lors de la migration printanière, les oiseaux utilisent les vents dominants pour se déplacer sur de longues distances… et des fois ça va vraiment bien.  Ce n’est pas rare que des oiseaux se retrouvent bien plus loin que prévu et vont simplement devoir revenir en sens inverse pour atteindre leur destination. Dans certains cas, le déplacement est spectaculaire et touche des milliers d’oiseaux qui reviennent sur des centaines de kilomètres. Le phénomène est aussi observé à l’automne lorsque des individus ne sont pas en assez bonne condition pour faire le long voyage. Plutôt que de risquer de ne pas avoir suffisamment d’énergie pour le déplacement, les oiseaux vont rebrousser chemin et aller à des sites connus pour refaire les réserves. On observe alors des déplacements à contre sens sur de courtes distances. Il ne faut pas confondre la migration inverse ou la correction migratoire avec un oiseau égaré qui aurait été désorienté ou simplement dévié de sa route lors d’une tempête.

Le dernier déplacement dont je veux vous parler en est un qui est presque imprévisible, on le qualifie d’éruptif ou erratique. C’est le type de mouvement qui est provoqué par le déplacement d’une ressource alimentaire qui est répartie inégalement sur l’aire de distribution de l'oiseau. Je vous raconte le bec-croisé des sapins. Les milliers d'années d’évolution ont permis à cette espèce de se spécialiser dans la consommation de graines sur les cônes des conifères. Les cocottes c’est son affaire ! Puisque la production de cônes est liée à plusieurs facteurs tels que le climat, l’âge du peuplement ou les perturbations régionales, la disponibilité de la nourriture pour l'oiseau n’est donc pas constante d’une année à l’autre et d’une région à l’autre. Les déplacements des becs-croisées rouges, même s'ils se font sur des milliers de kilomètres, sont donc irréguliers. Le principe s’applique également pour le pic à dos noir qui recherche des larves de longicornes. C’est que le longicorne noir, un coléoptère aux longues antennes, est capable de détecter l’odeur de fumée d’un feu de forêt sur des milliers de kilomètres. C’est un spécialiste qui pond ses œufs sur des arbres qui sont fragilisés après avoir brulé. Les arbres qui ne sont plus en mesure de se défendre seront la proie facile des larves qui prolifèrent sous l’écorce. Cette situation est idéale pour le pic à dos noir dont les populations se déplacent littéralement à la recherche de forêt brulée pour trouver leur nourriture préférée !

Plusieurs autres mouvements atypiques sont bien connus des observateurs. Par exemple, le gros bec errant recherche les zones d’épidémies de tordeuses des bourgeons d’épinette et le sizerin flammé se déplace vers les mangeoires durant  les hivers où la disponibilité des graines est faible dans la toundra. Il va sans dire que ces espèces aux mouvements irréguliers sont très peu fidèles à leur site de reproduction. Dans le fond, ces oiseaux migrent sans lieu de destination défini, mais finissent toujours par trouver l’endroit exact où leur nourriture est abondante. 

C’est bien parce qu’il y a plusieurs façons de faire les choses que la vie est si diversifiée. Et quand j’y pense, c’est aussi une bonne raison d’utiliser plusieurs moyens pour protéger la nature. On a bien sûr les grands espaces du nord qui sont magnifiques, les parcs et les réserves naturelles qui font un travail exceptionnel pour maintenir la nature vivante. On peut aussi encourager des organismes de conservation… Tout ça est possible et en même temps on peut faire notre petit bout de chemin personnel. 

Pour maintenir la biodiversité, on peut planter un jardin, des arbres fruitiers, des arbres qui offrent des abris pour les oiseaux l’hiver et il y a aussi … plusieurs autres bonnes façons de le faire. 

 Fée clochette… Pont sonore

J'espère que vous avez apprécié le balado et je vous invite à être ouvert aux milliers de façon de prendre soin de la nature!  Pour explorer les autres balados sur la Migration des oiseaux et une foule d'autres sujets, visitez espacepourlavie.ca.

Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles observations.

Dans le balado, j’ai utilisé le mot pessière pour parler d’un type de forêt bien particulier. Quand la majorité des arbres d’une forêt sont des érables, on parle d’une érablière, quand il s’agit de pin, on a une pinède, des bouleaux c’est une bétulaie et lorsqu'il s'agit d’une forêt d’épinette… on parle alors d’une pessière.

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