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Les balados nobELLES - Transcription - Épisode 8 - MissMe

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Balados nobELLES

 Épisode 8 - MissMe

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nobELLES raconte l’histoire des femmes qui ont changé le monde avec leur découverte, mais que leurs contemporains ont préféré royalement ignorer. Ici, on rencontre MissMe, l’artiste à l’origine de l’exposition du Planétarium qui a décidé de redonner une juste place à ces grandes femmes de sciences!

hr - nobELLES

Lili - Elle s'est fait connaître comme artiste de rue avec des œuvres éphémères sur les murs de la ville de Montréal, des autoportraits nus et masqués. Elle ne révèle pas son identité, ni dans ses œuvres ni en public. Elle porte un masque avec des oreilles de Mickey pour rester anonyme. Le Planétarium lui a commandé une série d'œuvres pour bâtir une exposition dont le but est de mettre en valeur des femmes de science importantes, mais que l'histoire a oubliées. Et elle a accepté.

Bonjour MissMe.

MissMe - Bonjour.

Lili - Et on est avec Camille aussi Camille, qui est une femme de l'ombre. Le public ne te connaît pas, mais peux-tu te présenter?

Camille - Oui, bonjour, je m'appelle Camille Janson-Marcheterre. Je suis coordonnatrice en loisirs scientifiques au Planétarium.

Lili - Et là, je voulais vous parler à toutes les deux parce que cette exposition-là est vraiment inattendue, je pense. MissMe et le Planétarium Ensemble, la science et l'art se rencontrent dans une expo pour mettre les femmes en valeur. Comment c'est arrivé ce mélange-là?

MissMe - Écoute, on a plusieurs versions.

Lili - Plusieurs versions des faits.

MissMe - Il y a comment on s'est rencontré. En fait, il y a une véritable rencontre de deux personnes qui, quelque part, n'auraient pas forcément dû se rencontrer. Et c'était Olivier et moi.

Lili - Olivier, qui est du Planétarium?

Camille - Oui, Olivier Hernandez, le directeur du Planétarium.

MissMe - À l'époque, il n'était pas encore le directeur de Planétarium. Il travaillait pour l'Observatoire du Mont-Mégantic et il était le directeur de tout ... Exoplanètes.

Lili - Le directeur des exoplanètes!

MissMe - Le directeur de toutes les exoplanètes, messieurs dames. Non, j'ai pas envie d'amocher le titre de ce qu'il avait, et cetera, mais il travaillait avec les universités et il travaillait sur tout ce qui était les découvertes des nouvelles exoplanètes à travers l'observatoire. On s'est rencontrés au premier TEDx HEC à Montréal. Tous les deux, on avait été des personnes, oui, des panélistes. Voilà le mot que je cherchais. Donc en fait, le côté improbable, il s'est fait là. Les gens de HEC, quand ils ont fait leur premier TEDx, ils ont essayé comme souvent je pense que le mandat de TED est de mettre ensemble des gens qui sont un petit peu très différents pour parler d'un thème commun.Et donc ils étaient venus me chercher. J'étais dans ma, dans mon année où je m'étais promis que tous, la manière dont j'allais gérer mes peurs, qui étaient en fait mon plus gros frein dans la vie, c'était de dire oui à tout ce qui me plaisait et de, comme je disais, Figure it out after! Moi, j'étais là, heu, j'avais envie, je ne savais pas. Je n'ai jamais fait de speech, J'avais jamais parlé en public. J'ai dit oui et comme de fait, j'ai fait Figure it out after! Et il était là lui. Et moi, tout ce qui est astrophysique, c'est un truc qui me fascine, mais qui me fascine un peu de loin. C'est-à-dire que je ne m'y connais pas vraiment, mais le peu que je connais me fascine. Et dès que je tombe sur un documentaire ou quelque chose, je le regarde. Et là, j'avais un vrai astrophysicien devant moi et du coup, j'ai suivi Olivier partout, comme un enfant qui venait voir, qui venait de voir Mickey.

MissMe - Je disais "Vas-y raconte-moi des trucs. Dis-moi juste des trucs, raconte-moi. Je ne savais même pas quoi lui demander.

Lili - Mais t'as une curiosité comme pour le ciel, pour l'astrophysique, pour.

MissMe - Pour le contexte, pour le contexte humain, pour le contexte de la planète Terre.

Lili - Tu veux du contexte à l'humanité?

MissMe - Oui, parce que je trouve que beaucoup des problèmes de l'humanité, c'est le manque de contexte, c'est le manque de voir combien grand est le contexte, combien petits sont nos problèmes, la compréhension de soi, la compréhension du pourquoi, du comment. Il a aucun sens si on le garde à minuscules échelles, à échelles culturelles, à échelle de temps, à échelle géographique, il devient ridicule. Et après c'est chacun son truc. Mais donc oui, pour moi c'est une question de contexte.

Lili - Donc clairement, Olivier a perçu ça en toi aussi que tu avais un intérêt de la science, même si justement ou pourrait on pourrait ne pas s'y attendre étant donné que tu es une artiste.

MissMe - Oui, je pense que ça l'a surpris effectivement, le fait que moi, parce que j'étais de loin la personne la moins conventionnelle de tous les panélistes, vraiment tous ces gens, en fait, avaient déjà fait des panels, avaient déjà fait des conférences, des choses comme ça. Moi, c'était la première fois. Et c'est très drôle parce que la personne qui n'arrêtait pas de parler de tous les speechs qu'il avait fait, c'est la personne qui a complètement pas réussi et qui a perdu le fil de ce qu'il a dit et n'a jamais réussi quoi c'était c'est assez ironique en fait, mais donc c'est ça. Et en plus, Olivier m'avait dit Il m'avait confié qu'il avait beaucoup aimé ce que j'allais dire. Mais je pense que surtout au début, c'était comme il y a longtemps. Les gens, ils me connaissaient peu et ils étaient encore dans la période où ils étaient très surpris du fait que, en fait, je n'étais pas une bête sauvage qui faisait des choses dans la rue parce que le simple fait que je faisais mon art en dehors de toute convention, en dehors de toute règle, dans un milieu qui est perçu, la rue, comme quelque chose de hors la loi qui est hors la loi, soyons honnêtes. Bah, ils ne pensaient pas qu'il pouvait y avoir une véritable réflexion et même des mots intelligents derrière.

Lili - Mais je me rappelle parce que écoute, ça fait combien de temps que tu as commencé?

MissMe - J'ai commencé mon premier collage dans la rue, je l'ai mis en janvier 2012.

Lili - OK, parce que moi, je me rappelle ça. Il y a des années maintenant, je vivais dans le Mile-End, puis il y avait un collage de toi sur le building où je vivais dans la ruelle de mon building. Pis justement, je ne savais pas du tout, j'étais comme « Ah quelqu'un a fait comme un graffiti, du vandalisme ». Je ne savais pas du tout. Puis après j'ai appris que ah non, non, c'est une artiste pis elle fait ça elle s'appelle MissMe pis c'est comme ça que je t'ai découverte. Mais le Planétarium, c'est ça, quand vous, vous êtes allés chercher MissMe, comment ça s'est passé? Vous saviez déjà que vous vouliez faire une exposition qui mettait en valeur les femmes scientifiques?

Camille - Oui, parce que dans le fond, moi ça fait quelques années que je travaillais au Planétarium, le projet, on a eu l'idée, disons avant la pandémie.

Camille - Et oui, c'est ça la mission du Planétarium et d'Espace pour la vie, c'est vraiment que la science, c'est pour tout le monde. Et on veut mettre de plus en plus l'accent sur les femmes et les filles en science, on veut faire de la place à la diversité. On veut que nos espaces soient inclusifs. On veut que tout le monde se sente bien de venir au musée, puis d'apprendre sur la science. Peu importe c'est quoi ton niveau de connaissances de base. Et là, on était en train de voir quelle prochaine expo on allait faire. Et c'est là qu’on a eu l'idée d'aller faire une expo avec MissMe , de faire des portraits de femmes qui ont été mises de côté et ignorées à travers l'histoire des femmes scientifiques, surtout dans le domaine des mathématiques, astrophysique, physique, parce que c'est plus là-dessus que le Planétarium. On se concentre là si on veut. Mais c'est là vu qu'Olivier connaissait bien MissMe.

MissMe - Oui, parce que finalement, on est devenus amis au final. Et oui, on s'était dit, mais ce serait magique de faire quelque chose. Parce que, comme quand je te disais tout à l'heure, moi, tout ce qui est un petit peu un mélange improbable mélange auquel on s'attend pas, moi, c'est quelque chose qui m'a toujours excité dans tous les domaines d'ailleurs. Et là, je pense qu'il y avait vraiment quelque chose parce qu'effectivement, même moi, dans mes discours, dans toutes sortes de choses, vu que j'ai un langage qui est le langage de la rue, un peu plus général actuellement, mais c'est un langage qui est quand même assez cru, enfin qui n'est pas habituel pour le genre de message que je véhicule forcément. Le mélange intrigue et du coup, c'est toujours un mélange qui va faire venir un public ou faire écouter ou faire découvrir un public qui aura été comme disait Camille, qui aurait été peut-être intimidé parce qu'on se classe souvent dans des styles, dans des choses qu'on fait, dans des activités qui nous correspondent ou pas. C'est au-delà de juste, comment on s'habille ou comment on parle. Et du coup, c'est des choses. Moi, j'ai toujours aimé faire ce genre de choses. Même je dirais une de mes premières séries, je me rappelle, j'ai toujours moi, je chantais le jazz à l'époque. J'ai fait le conservatoire.

Lili - Ah oui.

MissMe - J'ai fait, j'ai fait.

Lili - T'as une vie là! T'as été désigner, chanteuse de jazz.

MissMe - Exactement. J'étais chanteuse classique quand j'étais enfant. Je faisais partie des chœurs de l'opéra. Oh non, non, j'ai vraiment fait plein de trucs et c'est des choses que j'ai toujours gardées. Et donc, du coup, je sais que j'avais déjà dessiné, une de mes premières séries, c'était Jazz Sing et j'avais intégré exprès des visages qui étaient connus comme Nina Simone, Miles Davis. Mais pour pouvoir intégrer des visages après dans la même série, que les gens puissent aller rechercher Sarah Vaughan, George Gershwin. Et donc cette idée d'ouvrir des portes un petit peu que je trouve dommage, qui sont fermées simplement parce qu'on se reconnaît pas dans un style qui nous a été prédéterminé en fait.

Camille - Puis on voulait... Ton art est très rebelle, un peu provocateur, ce qui n'est pas nécessairement ce qu'on retrouve dans un musée, encore moins peut-être un musée de sciences on pourrait dire, fait qu'on voulait en plus, c'était l'occasion d'un peu éclater ce qu'on fait d'habitude, de faire quelque chose de nouveau, de rendre ça spécial pour créer...

Lili - Le Planétarium voulait aller ailleurs.

Camille - Exact! On voulait aller ailleurs. Et on voulait rendre ça invitant exactement à peut-être des gens qui n'auraient pas le réflexe de venir au Planétarium d'habitude.

MissMe - Ben non, c'est ça, c'est le mélange des deux mondes. Puis même t'as dit le mot rebelle. Mais honnêtement, oui, ce que je fais c'est considéré rebelle, ça l'est. Mais honnêtement, si on regarde chacune de ces femmes de sciences dont on parle dans cette expo, elles le sont 1000 fois plus que moi.

Lili - Ah oui, tu penses?

MissMe - Oui.

Lili - De quelle manière?

MissMe - Elles ont été à travers, contre des systèmes entiers pour pouvoir être et pour pouvoir offrir. C'était beaucoup plus difficile d'être une femme qui ne pensait pas comme tout le monde à cette époque que ça l'est aujourd'hui. Je veux dire moi ma rébellion oui, mais elle est bien plus facile que la rébellion de nos mères, de nos grand-mères, de nos arrière-grand-mères et encore plus de ces femmes-là qui ont été contre les conventions de l'époque.

Lili - Est-ce que t'as vu ça un peu comme une manière justement d'honorer des pionnières qui sont venues avant?

MissMe - Oui, à fond. Et moi, je suis à fond là-dedans, vraiment!

Lili - Puis comment vous les avez choisies les femmes?

Camille - On est allé avec les histoires qui nous ont le plus surpris, choqué, peut-être frustré, fâché. Même moi, il y avait des femmes, on a fait une liste à la base, on a fait une première recherche. Il y avait des femmes que je ne connaissais pas moi-même. J'ai fait des études en sciences, mais je ne les connaissais même pas.

Camille - Et évidemment, comme ces femmes là, on n'en a pas parlé beaucoup au courant de l'histoire, ce n’est pas toutes... elles n'avaient pas toutes des portraits dans le fond. Donc ça a été un de nos critères. Mais honnêtement, c'était tellement difficile de choisir, On pouvait pas en faire..., il fallait se restreindre.

MissMe - Comme disait Camille, moi, je base toujours mes portraits sur des photos et il y a des... Vu que c'était exactement ce que disait Camille, que c'est des gens qui ont peu été célébrés, il y a peu de photos ou c'est trop ancien, et cetera, et puis il y avait aussi un souci d'essayer de représenter... De représentation. Donc ce n'est pas juste les femmes, mais c'est les différentes origines, etc. Et là, ce qui est intéressant, c'est qu'il a été difficile de trouver, par exemple, des femmes noires. Il y en a beaucoup moins, mais pourquoi il y en a beaucoup moins? C'est parce que justement, c'était d'autant plus difficile, quand on était une femme noire à l'époque, d'avoir un quelconque rôle scientifique qui puisse ouvrir des barrières scientifiques aux autres. Et c'est là où on s'est vraiment, on a été face à la difficulté de..

Lili - Des discriminations, du passé.

MissMe - Discrimination du passé, non seulement de trouver assez de femmes, je veux dire, de faire des recherches sur des femmes qui n'ont pas été assez célébrées. C'est beaucoup plus difficile que de trouver toutes sortes d'informations sur des hommes. Donc là, déjà, il y a un souci. Les femmes où on trouve le plus d'informations, ce n'est pas forcément les femmes qui ont fait le plus. C'est peut-être, il y a un contexte, peut-être, il y a un contexte, que ce soit culturel ou que ce soit du temps où elles ont plus eu de possibilités. Donc on est vraiment face à ça, en fait. Et d'autant plus si justement ce sont des femmes noires, et cetera où là il y a encore moins. Mais pourquoi il y a encore moins? C'est parce qu'il y a encore moins de possibilités.

Camille - Puis des fois c'est drôle parce qu'on avait de l'information sur ces femmes-là seulement parce que. On parle de leurs histoires parce qu'elles ont été ignorées. C'est même pas des femmes qui ont juste fait des choses importantes en science et, au fil des ans, elles sont célèbres parce qu'en fin de compte, aujourd'hui, quand on les a ignorées pendant.

Lili - Trop longtemps par rapport à leur apport,  à leur contribution.

Camille - Déjà, on parle d'une manière bizarre de faire de la recherche.

Lili - MissMe, t'as fait des portraits avec des mots sur les visages des femmes scientifiques. D'où t'est venue cette idée-là et pourquoi? Comment tu as choisi ces mots-là?

MissMe - Alors, la raison pour laquelle j'ai fait ça, c'est parce qu’assez rapidement, dans mon travail, j'ai réalisé que quand je réalisais des portraits, les gens commençaient à. En fait, c'est à double tranchant les portraits, je trouve, et je pense que c'est une question que les religions se sont posée. En tout cas, la religion musulmane en particulier, juive aussi, et sûrement d'autres. Mais quand on commence à représenter quelqu'un, l'image devient icône presque. Et je pense que ce serait mal servir ces femmes que de les représenter que par leur physique parce que c'est la dernière... C'est la chose la moins intéressante chez elles. Donc de rajouter des mots sur leurs visages déjà, c'est les faire parler. C'est une esthétique qui me plaît parce qu'elle est extrêmement non-conventionnelle, justement pour des femmes scientifiques où on a un côté un peu classique de représenter les choses et de faire les choses. Moi, déjà de nouveau, ça, c'est quelque chose qui me plaît, mais ça les faisait parler. Il y avait quelque chose qui n'était pas juste leur visage et je trouve que c'était un portrait qui était plus pour moi plus juste, plus respectueux.

Lili - Et là, tu fais une expo comme ça, officielle, légitime. Mais est-ce qu'en parallèle tu continues à faire de l'art de rue?

MissMe - Ben oui, oui, oui, oui. Mais disons que je fais de l'art de rue, mais l'art de rue. Autant j'ai commencé 100 % à faire que ça, autant aujourd'hui, c'est juste une petite partie de ce que je fais. Donc je continue. Mais c'est plus uniquement ce que je fais, je dirais. Je travaille sur des expos, sur des vidéos, sur toutes sortes de choses.

Lili - Et est-ce que c'est pour ça que tu tiens à garder l'anonymat? Parce que ce n’est pas tout à fait légal de faire de l'art de rue?

MissMe - Ça, ça a été une des raisons au début, parce que je trouvais un petit peu idiot de se mettre à côté d'un « crime ». Et même si je n'ai jamais considéré que ce que je faisais était grave, j'ai ma propre, j'ai ma propre version...

Lili - Ta propre morale.

MissMe - J'ai ma propre morale. Vous pouvez aller regarder mon Tedtalk. Mais non, je suis tout à fait à l'aise avec ce que je fais, tout à fait OK avec ce que je fais, mais c'était aussi ça. C'était une des raisons, mais c'était aussi le fait que principalement, j'avais envie d'enlever mon apparence physique de ce que je faisais en fait. Mon apparence physique m'a beaucoup pesé, a beaucoup prédéterminé et je pense qu'elle le fait pour une grande majorité de femmes encore aujourd'hui, même dans nos cultures. Et c'est quelque chose qui me pesait beaucoup trop et je voulais vraiment, vraiment m'en débarrasser. Donc j'ai décidé de parce que je remarquais que, et ce n'est pas une critique des autres, c'est une critique de moi y compris. C'était que dès qu'une femme fait quelque chose, c'est égal ce qu'elle fait. On va avoir à un moment donné, envie de voir à quoi elle ressemble et d'avoir une opinion sur si on la trouve belle, pas belle, attirante, pas attirante. Et je ne voulais pas que ce discours fasse partie de quoi que ce soit que je fasse parce que je le trouve idiot, je le trouve qui mène nulle part et donc je ne voulais pas. Et donc, j'ai juste juste décidé d'enlever cette partie-là de moi et c'est tout. Et du coup, je me suis donné un visage, je me suis caché le visage de 1000 manières différentes au début, jusqu'à ce que je trouve ce visage-là qui, en fait, je l'avais rêvé. Et je me suis dit, mais ça, c'est tellement plus moi que mon visage génétique, nos visages génétiques, nos corps génétiques, on n'y est pour rien, ça nous .... C'est quelque chose qu'on nous a donné par la force des choses. Mais j'avais envie de me déterminer pour moi-même. Donc je me suis créé mon propre visage qui, pour moi, me correspond beaucoup plus. Et en plus, je suis devenu un cartoon enfin c'est génial!

Lili - Est-ce que c'est un Mickey? Moi, je vois Mickey. Mais est-ce que je vois la bonne affaire?

MissMe - Écoute oui, dans le sens où, pour moi, c'est un mélange de deux choses. Un mélange dans Balaklava qui est pour moi quelque chose de visuellement très agressif. Et quand je le mets, je vois les gens, ça les perturbe. Il y a quelque chose qui est très agressif dans la compréhension visuelle du truc. Et le côté Mickey, c'est quelque chose. Oui, c'est Mickey dans le sens où c'est Disney, dans le sens où tout ce que ça représente, c'est à dire moi, moi je regarde des cartoons tout le temps, je je si vous venez chez moi. Vous allez voir comme si j'étais un enfant, j'ai des toys, des trucs de collection. Mais même ça reste un peu un monde enchanté et j'y tiens beaucoup. J'ai toujours dit que je ne suis pas, je ne suis pas un adulte immature, je suis un adulte, j'suis un enfant extrêmement mature et donc ça me représentait. J'ai quelque chose de très sérieux. Ce que je fais, je le fais de manière très sérieuse, j'y crois et je me bats jusqu'au bout pour mes idées, mais j'ai un côté où je ne me prends pas au sérieux non plus. Et j'aime rigoler et j'aime les trucs pour les enfants. Et donc ces deux extrêmes-là me représentaient.

Lili - Est-ce que tu considères que tu fais de l'art politique? Et est-ce que est-ce que tu es habitué à choquer ou à provoquer? Ou c'est quoi ton rapport à ça, la provocation?

MissMe - Mon rapport à la provocation, il n'est pas pour provoquer, il est pour moi. Je vois la provocation comme en fait un symptôme du tabou, un symptôme de quelque chose qui est interdit. Et si je choisis d'aller là-dedans, c'est que je pense qu'il y a quelque chose qui ne devrait pas l'être, quelque chose qui doit être secoué. Donc j'utilise la provocation. C'est ça. Pour moi, c'est le symptôme de quelque chose qui devrait peut-être être nettoyé, revu, repensé et peut-être dégagé. Donc ce n'est pas la provocation pour la provocation. Ça, personnellement, je n'y crois pas. Ça ne m'intéresse pas, de hurler pour rien dire je n'y crois pas non plus. Je pense que je préfère rien dire que de dire une grosse connerie pour embêter les gens, pour choquer. Oui, non, honnêtement, c'est ça le choquer pour choquer, non, ça m'intéresse pas. Je pense vraiment qu'il faut, je suis quelqu'un d’hyper réfléchi, voire dix fois trop réfléchi. Donc j'ai toujours quelque chose à dire. Et si je fais rarement des choses, je dis rarement parce que j'ai envie de dire jamais, mais sûrement que j'ai surement fait.. Ma mère, sûrement, ne serait pas d'accord avec nous. Je fais rarement les choses pour rien honnêtement.

MissMe - quand tu dis « est-ce que c'est politisé? », ça le devient, mais à la base, c'est à l'échelle de moi, unitaire. Mais oui, j'ai des tonnes d'opinions. On ne va pas faire comme si je n’avais pas des tonnes d'opinions. Surtout tout ce qui est de la réalité de la femme, de la réalité, du genre, de la réalité sociale, de ce que ça peut impliquer justement au niveau politique. Mais ça part de l'individu quand même à la base.

Lili - Donc c'est quand même politique, mais c'est à une échelle ...

MissMe - C'est politique par défaut. Tu vois que je ne vais pas dans la politique pour la politique, franchement non, parce que c'est un casse-tête impossible, mais ça le devient parce que ce sont des choses qui ont été politisées. Le corps de la femme a été politisé. Ce serait bien si on arrêtait.

Lili - Et là, on s'attend à quelles réactions, autant du côté du Planétarium que de toi MissMe, du public par rapport à l'exposition.

Camille - On s'attend. On espère que les gens vont découvrir des...

MissMe - Il y avait eu des soucis. Non, il y avait pas eu un truc à un moment donné, justement avec le fait que j'avais mis des textes sur des visages? C'était quelque chose de trop inconventionnel. Il y a eu déjà des réactions.

Camille - Oui, c'est sûr que bon, on est dans le contexte de... On est une institution de la Ville de Montréal. MissMe fait un art très comme on en parle depuis tantôt quand même un peu plus hors de ce qu'on fait habituellement nous dans nos musées.

MissMe - C'est aussi mon type d'art. Je veux dire L'art et la science. Pour moi, c'est quelque chose quand même qui n'est pas si impossible. Il y a du sens. Mais c'est le fait que vous vous soyez associés à moi, de l'image que moi j'ai au final. Et ce n'est pas si fou ce qu'on a fait du tout quand on me connaît vraiment, quand on connaît mon travail, vraiment. Mais quand on connaît peu ce que je fais, j'ai une image qui est un peu... voilà.

Camille - C'est sûr qu'au début, quand on expliquait à tout le monde ce qu'on allait faire et qu'on a dit oui, on va faire une expo sur des femmes en sciences avec l'artiste Missme et que les gens sur le côté, allaient sur Instagram, googler tout de suite c'est qui MissMe. Par exemple ceux qui ne te connaissaient pas. Ce qu'ils voyaient, on sentait un petit.

Lili - Malaise.

Camille - Un petit deux minutes. Un petit recul.

MissMe - Un petit deux minutes!

Camille - Mais tout de suite après, on leur montrait les portraits que, les ébauches qu'on avait commencé puis la réponse était super positive parce que ce sont des portraits magnifiques, là. Puis ces femmes-là qu'on n'est justement pas habitué de voir représentées, par exemple sur de belles photos. Elles ont peut-être un deux portraits ici et là, tout petit, en noir et blanc dans le coin d'un livre. Là elles sont en format géant dans nos expos, avec un texte qui raconte leur vie en lien avec des thèmes qui sont d'actualité. Et et pour nous, c'était super inspirant de faire quelque chose d'un peu nouveau.

MissMe - C'est ça, c'est qu'il y a un côté tu sais de les mettre dans mon langage visuel, qui est plus moderne justement que tout ce qu'on voit d'elles. On les ramène dans notre présent. On les ramène comme tu dis d'actualité, de manière en tout cas visuelle. Et ça, je pense que c'est intéressant parce que c'est des femmes qui sont, qui sont pas juste d'une époque. C'est des femmes qui sont de maintenant de toutes sortes de manières et c'était une manière de le faire visuellement assez simple finalement.

Camille - Ce dont on avait envie, c'est que les gens connaissent le nom de ces femmes-là.

Lili - Déjà, de base.

Camille - De base, mais aussi là, c'est penser rêver un peu, mais autant que d'autres scientifiques masculins qu'on connaît tous de nom, mais qu'on ne sait même pas ce qu'ils sont fait. Ils sont super populaires, mais.

Lili - Ils sont rentrés dans la culture populaire.

Camille - C'est ça. Ces femmes-là, elles ont OK, elles n'ont pas gagné de prix Nobel parce qu'elles ont été ignorées à cause de toutes sortes de raisons. Mais ce qu'elles ont fait, ça a révolutionné la science d'aujourd'hui, là. Et on utilise ce qu'elles font tout le temps partout, autant que ces hommes-là qu'on connaît bien. On trouvait ça dommage qu'elles restent dans l'ombre.

Lili - Et il y a aussi ce phénomène-là chez les artistes en arts. On le sait qu'il y a moins d'artistes femmes connues que d'artistes hommes connus. Toi, est-ce que tu vois quand même plusieurs parallèles entre les artistes et les scientifiques?

MissMe - Je pense qu'il y en a énormément. Le simple fait que femme et femme dans des contextes historiques qui sont similaires dans tous les milieux. Les femmes vont avoir beaucoup moins de possibilités d'écoute. Donc oui, dans tous les milieux artistiques, scientifiques, d'ingénieurs, de tout, il y a vraiment quelque chose où c'était des réalités sociales. Donc voilà, manque d'éducation, manque de toutes ces choses-là. Vas-y!

Camille - Bien, je veux dire, moi, ce qui me vient en tête quand on parle de sciences, c'est de la créativité. Tu sais ce que les scientifiques découvrent, comment on fonctionne, comment on découvre de nouvelles choses. C'est penser à une nouvelle manière que la nature peut s'exprimer. Et d'après moi, ça fait du sens.

MissMe - Non, c'est ça. C'est exactement ce dont je discutais tout à l'heure, c'est qu'il y a un point commun, comme tu dis, exactement comme on en discutait tantôt entre pour moi, ma vision un peu naïve peut-être, de la science qui révolutionne et de l'art, c'est de penser autrement, vraiment, de se dire OK, ça, c'est-ce qu'on a toujours fait, mais de prendre un point de vue qui n'a jamais été pensé, de vraiment penser complètement différemment. Toutes les découvertes scientifiques qui ont vraiment tout révolutionné, ça a été de de justement challenger ce qui se faisait tout le temps et se dire : « Et si tout ça en fait, on le mettait à l'envers ou on annulait tout, et on pensait ça d'une manière complètement différente ». Et d'être artiste qui vraiment fait bouger les choses, etc. C'est des gens qui vont justement dire non, non, non, tout ça, c'est bien beau. Moi, je ne le vis pas du tout de cette manière-là. Et si on changeait tout, tout, tout. Et donc il y a quelque chose qui est rebelle, mais qui est nécessaire. Il y a quelque chose qui fait bouger les choses, qui est nécessaire, il y a quelque chose qui va aussi être d'autant plus difficile pour, je pense, pour une femme qui a déjà peu sa place en société, surtout dans ces époques-là.

Lili - Il y a Jocelyne Bell, justement, une des artistes, mon Dieu... une des scientifiques qui est représentée dans l'exposition qui dit elle-même qu'elle souhaite qu'il y ait plus de diversité, plus de femmes en science. Justement parce que quand tu ne fais pas partie de la norme dans ton milieu, tu arrives avec un regard plus frais, un regard un peu différent et que justement, ça peut aider à amener des nouvelles théories et découvrir des nouvelles choses. Ça corrobore exactement ce qu'on dit en ce moment.

J'aimerais maintenant qu'on parle des thèmes, des épisodes et savoir comment toi, MissMe tu te positionnes par rapport à ces enjeux-là. D'abord, on a un épisode qui est sur le contrôle des émotions chez les femmes justement, on parle de Jocelyne Bell. C'est elle qui a appris littéralement à contrôler ses rougissements quand elle arrivait dans ses cours à l'université parce que les gars de la classe, la catcallaient, et ça gênait beaucoup. Et le soir, elle se pratiquait pour contrôler son visage, pour ne plus rougir. Et je me dis c'est vraiment comme puissant de vouloir être tellement conforme que même quand tout le monde est un peu contre toi, tu te monitores tout ton intériorité et que t'arrives à le contrôler. Est-ce que toi, tu es quelqu'un qui arrive à faire ça? Est-ce que tu contrôles tes émotions ou non dans la vie de tous les jours?

MissMe - Écoute, je pense que jusqu'à un certain point, dans certaines, dans certains contextes, oui, je pense comme tout le monde, et d'autant plus toutes les femmes. On est un peu obligées. Mais j'ai choisi aussi la voie que j'ai choisie parce que j'ai plus envie. En fait, j'ai plus envie de... comment on dit mute?, mon contexte et mes émotions pour le bon plaisir des autres. Parce que quand on, quand on réagit pas on mute ses émotions, on est aussi en train de muter notre contexte qu'on est en train de vivre. Et j'ai plus envie. J'ai envie de parler du contexte dans lequel je vis et donc non, ce que je fais actuellement, non, c'est absolument plus ça. Mais c'est pas ce que je l'ai beaucoup fait, comme tout le monde. Je l'ai vu, ma mère, ma mère, elle est championne à ça, mais je veux pas, je ne veux pas.

Lili - Et quelle émotion tu dirais te drive toi principalement?

MissMe - La colère.

Lili - Ah oui.

MissMe - Oui. Oui, la colère.

Lili - Face à l'état du monde?

MissMe - Oui en général, oui, moi je me permets d'être en colère. Mais ma manière de me mettre en colère, c'est d'être capable d'intellectualiser toute ma colère. Et donc, si quelqu'un me reproche ma colère, je vais être capable, au niveau du discours, de le justifier. Donc ça, c'est ma manière de gérer mes émotions. Donc je vais les vivre. Mais je ne me permets pas de les vivre sans être capable d'avoir une thèse solide ici.

Lili - Les mettre en contexte.

MissMe - Oui, c'est ça. Il y a quand même quelque chose où je ne vais pas juste les vivre, hop, puis c'est tout. Puis tu gères, pis c'est à toi de... Non, ça, c'est ma manière à moi, je pense, de m'adapter. C'est d'avoir une thèse pour expliquer toutes mes émotions que j'ai décidé de vivre.

Lili - Dans l'épisode sur Marie Jackson, qui était, qui travaillait à la NASA, qui est ingénieure, elle, elle s'est démarquée par le fait qu'elle mentorait d'autres femmes, qu'elle a voulu vraiment tirer d'autres femmes vers le haut. Et je me demandais toi, est-ce que t'as été mentorée en tant qu'artiste ou est-ce que t'as mentoré d'autres artistes?

MissMe - Non, non.

Lili - T'as fait ta voie toute seule.

MissMe - Ouais, je l'ai fait toute seule. Je t'avoue que je ne connaissais pas vraiment qui que ce soit et mentorer pas vraiment. Maintenant, j'ai fait des conférences. Enfin, c'est pas vrai, j'ai quand même enseigné. J'ai fait tout un programme avec Pops à l'époque. Avec une association qui s'appelle Love live without violence où j'avais enseigné à des jeunes qui avaient des problèmes de violence tout en été et on a fait un immense, une immense murale, on a beaucoup travaillé, j'ai travaillé, mais tous les jours, 5 h par jour avec eux, c'était quand même assez intense. J'ai eu ces enseignements ici et là. Mais donc oui, je dirais que oui, d'une certaine manière.

Lili - En fait, indirectement.

MissMe - Indirectement ouais.

Lili - Et toi, tu es autodidacte?

MissMe - Oui. Oui, vraiment. Je me suis plantée 1000 fois. J'ai choisi ma manière de faire parce que je ne savais pas faire celle que j'aurais voulu faire, je ne sais pas peindre, j'ai pas été à l'école des beaux-arts, donc j’ai utilisé ce que je savais faire à peu près, c'est-à-dire dessiner avec un crayon à mine, dessiner avec du fusain, de la peinture, découper du papier c'est-ce que j'avais et je me suis inventé une technique parce que je ne savais pas spraypaint. Je ne savais pas faire de la peinture à l'huile. Je ne savais pas. Donc oui.

Lili - Mais c'est inspirant parce qu’autant on peut, on peut valoriser le mentorat et se dire que c'est une bonne chose d'avoir accès à ça. Mais des fois, on n'a tout simplement pas accès à ça. Il n'y a pas de mentors dans notre entourage. On ne connaît pas des gens plus expérimentés que nous qui ont fait ce qu'on a envie de faire. C'est bon aussi de savoir que des fois, on peut juste se lancer, puis aller avec les essais-erreurs.

MissMe - Puis je pense qu'il faut. Mais c'est vrai que le mentorat, c'est quand même quelque chose de cool. Et ça ne veut pas dire que je pense qu'on peut-être mentor sans être quelqu'un qui fait exactement la même chose. Et de ce point de vue-là, c'est vrai que j'aurais bien aimé peut-être avoir une femme ou même un homme qui fait quelque chose qui s'apparente à ce que je fais. Et quand j'étais vraiment découragée toute seule dans mon salon, me dire ça va aller, au lieu de moi je me pick up toute seule. C'est sûr, c'est toujours plus agréable. Et peut-être que j'aurais été plus loin. Peut-être pas. Je n'en sais rien, mais oui.

Lili - Juste de voir que quelqu'un a vécu un moment aussi de doute extrême, puis finalement s'en est sorti et que oui.

MissMe - C'est ça. Et je pense que c'est aussi pour ça que je suis tellement honnête avec ce que je fais, ce que je vis. Même si parfois les gens se disent peut-être que j'en parle trop, etc. Mais non, je crois vraiment à partager tout ce qui est, ce qui ne se dit pas, habituellement, surtout pour les femmes. Que ce soit justement d'être découragée, de se sentir seule, de se sentir nulle, d'avoir de... même genre là, d'avoir mes règles, d'avoir mal au ventre des petites choses qui sont normales et qui... Normaliser ce genre de choses-là honnêtement.

Lili - Moi aussi, en ce moment, on est in synch là... toi aussi? Oui, on est toutes un studio menstrues, malade!!

Lili - Tout à l'heure, j'aimais quand tu parlais du panel où tu as rencontré Olivier. Et puis tu disais : « c'est drôle parce que la personne, finalement qui parlait le plus de ces expériences a le moins parlé ». Et toi, qui était la personne la moins expérimentée finalement bien tu t'es lancée. Est-ce que tu as déjà eu un syndrome de l'imposteur? C'est une thématique qui revenait dans plusieurs histoires des femmes scientifiques qu'on a abordées. Est-ce que toi, tu as vécu ça à certains moments?

MissMe - À fond et je le vis encore, je le vis encore. Je pense que récemment, cette année, j'ai commencé à le vivre un petit peu moins parce que je me suis forcée un petit peu à regarder tout ce que j'ai fait. Puis je me suis forcée à regarder le fait que je ne l'ai pas mal fait toute seule en fait. Et au lieu de trop me fâcher par rapport à ça, j'ai décidé d'être fière de ça. Mais oui, je me sens hyper imposteur. Je n'ai pas fait d'école d'art, j'ai pas fait d'école de tout ce que j'en ai fait mon métier et je me fais critiquer pour ça et du coup ça prend tout ce que j'ai pour montrer que je me dis peut-être qu'ils ont raison! Mais je veux dire à un moment donné, on est tous des imposteurs dans le sens où qui vraiment a le droit d'être où il est plus que l'autre. On a créé des institutions qui vont nous nous enseigner certaines choses. Soit c'est vrai et c'est bien. Je pense que c'est une bonne chose. Je suis pour l'éducation, je ne suis pas quelqu'un qui est contre l'éducation. Mais à un moment donné, un jour, on se réveille, on ouvre les yeux et un jour on ferme les yeux et tout ce qu'on peut faire de positif dans notre vie, on le fait. Je veux dire c'est des institutions qui ont été faites par des autres, des êtres humains aussi. C'est pas sacré parce que ça a 200 ans, je ne sais pas. Je pense qu'il faut essayer d'apprendre sa valeur en tant qu'humain, pas juste en tant que femme ou dans son domaine, mais vraiment en tant qu'humain, on a le droit.

Lili - J'aimais aussi quand tu disais qu'il y a eu une année où tu t'es dit que tu disais oui à tout, oui, cette année-là, on dirait. Est-ce que c'était pour combattre un syndrome de l'imposteur?

MissMe - Oui. À fond. Ça a été vraiment ma ... Je me suis dit cette année, tout ce qu'on me propose et que j'ai envie de faire d'une manière ou d'une autre, je dis oui et je trouve une solution pour le faire après. Et je l'ai fait et ça m'a vraiment fait avancer parce que je me suis fait cette promesse. Sinon, j'aurais dit non parce que j'aurais trouvé 1000 raisons de ne pas le faire.

Lili - Il y a une citation que j'ai lue récemment. La femme à l'origine est une agente spéciale des États-Unis qui s'appelle Evy Pampouras. Elle dit « Ne sois jamais la première personne à te dire non. » Je trouve ça tellement puissant parce que c'est vrai, c'est vrai que souvent, comme c'est nous qui nous disons non pis on se lancera même pas. Mais c'est quand même non, non. Attends que quelqu'un d'autre de l'extérieur te dise non, tu ne peux pas te rendre là. Non, tu ne peux pas faire ça. Mais sois pas la première comme toi dis-toi oui!

MissMe - C'est marrant parce que moi, mon père, toute ma vie, m'a dit.. Mon père étant un homme cis, très patriarcal tout ce que vous voulez, il m'a toujours dit : « C'est quand on te dit non que ça devient intéressant ». Lui, il l'aime quand on lui dit non. Ah ouais, I'm gonna show you. Et je pense que j'ai quand même hérité de ça d'une certaine manière. Mais j'ai hérité du « oh non », pas trop hyper introverti de ma mère aussi. Donc j'ai souvent aussi cette espèce de double discours. En réalité, c'est assez marrant, mais j'essaie de penser comme mon père un peu plus.

Lili - Mais c'est fou à quel point c'est généralisé. On dirait le syndrome de l'imposteur. Est-ce que toi, Camille, je serai curieuse aussi de le savoir? Est-ce que tu en as un des fois?

Camille - Oui, absolument. Dans le sens que même dès que je suis entrée au Planétarium, à un moment donné, je suis rentrée en tant qu'animatrice scientifique. J'avais fait mon bac en physique, mais ne n'étais pas spécialisée en astronomie. Puis après, j'ai appris plein de choses un peu sur le tas comme on dit. Je parlais aux gens, je faisais des spectacles, mais encore là, j'avais une partie de moi qui disait :  « Je connais pas autant que mes collègues qui ont étudié plus l'astronomie, l'astrophysique ». Aujourd'hui, je suis ici dans ce balado avec toi Lili, MissMe et je me dis qu'est-ce que je fais ici? Dans le sens que je pense que...

Lili - T'as ta place.

Camille - Je pense que j'ai trouvé ma place au Planétarium avec ce que je fais en ce moment. Mais reste que ça, ça ne quittera jamais. Tantôt tu parlais de jamais être la première personne à se dire non. Moi, ç'a toujours été un peu plus Fake it until you make it, dans le sens que... Un peu, ça ressemble à ce que tu disais tantôt. Là, je vais te dire oui, puis on va voir.

Lili - Après ça tu vas faire semblant.

Camille - Faire semblant ou se convaincre qu'on le fait

Lili - Tu fais pas semblant, c'est ça. C'est juste. Il faut que tu te dises « OK, je ne suis pas vraiment capable, mais je vais faire semblant », mais dans les faits, c'est ça qui se passe, c'est que t'es en train de le faire.

Camille - Dans les faits, tu finis par le faire. Puis à la fin, tu dis « Ah, bah, je l'ai fait! » Finalement, ça se passe très bien.

MissMe - C'est assez intéressant parce que de se dire qu'on va le faire, c'est souvent nous, c'est parce que, moi en tout cas, quand je me dis que je vais pas être capable, c'est parce que j'ai une idée de ce que ça devrait être, qui est beaucoup plus poussée, particulière, professionnelle entre guillemets ou finie avec... Qu’en fait ça l'est et je pense qu'on met des monuments où en fait il n'y en a pas! Et je pense que beaucoup d'hommes ne font pas ça. Et je pense que la représentation a quelque chose à voir, ils se disent « ah bah lui, il la fait, moi je peux le faire ». Et nous, on se dit « ouf! Pour être à ce niveau-là, il faut être ci, ça, ça ». Il faut être très professionnel pour vraiment savoir ce qu'on a à faire. Parce qu'on ne se voit pas. En fait, on se dit qu’on a besoin de beaucoup plus de fondations pour tenir droit, alors que je pense et je pense que la représentation aide à ça. D'où l'importance de la représentation qui est quelque chose qui peut-être vu de manière superficielle. Et ça l'est d'une certaine manière. Mais il y a quelque chose de...

Lili - Un message sous-jacent.

MissMe - Il y a quelque chose qui aide dans le futur, vraiment.

Lili - Alors je suis tout à fait d'accord avec ça. L'ego c'est une autre des thématiques parce que j'avais l'impression, en regardant toutes les histoires des femmes, que plusieurs d'entre elles n'avaient pas beaucoup d'ego, n'avaient pas un très gros ego. Notamment celles qui laissaient d'autres hommes publier leurs idées à elles en leur nom. Plusieurs femmes, comme s'oubliaient ou disaient comme Ah c'est correct que je n’ai pas gagné le prix Nobel où il y avait une espèce d'humilité fondamentale. Je me demandais toi, ton rapport à l'ego, c'est quoi? Est-ce que tu trouves que c'est bon, que c'est mauvais, que c'est neutre, tout simplement?

MissMe - Dans ce que tu viens de dire, je me demande si c'est vraiment qu'elles manquaient d'ego ou qu'elles avaient un contexte qui ne leur permettaient pas vraiment. De nouveau, il y a un côté un peu survie, un peu « choisis tes batailles » parce qu'il y en a, tu sais que tu vas les perdre ou on va te traiter de folle, on va traiter de pour qui tu te prends justement. Tu as écrit le truc et en plus tu veux être reconnu. Mais enfin, Ginette... Il y a quelque chose où le contexte le permettait peut-être beaucoup moins. Je pense que tout d'un coup, et je le vois de nouveau avec ma mère, quand il y a un contexte où elle se permet, elle voit que d'autres se permettent, elles se disent peut-être moi aussi je peux me permettre. Donc l'ego, après l'ego, c'est un terme psychanalytique qui pourrait être débattu longtemps. Je pense que l'ego quelque chose de nécessaire, mais c'est dans ces cas-là, je pense que c'était plus. On ne pouvait pas tellement se le permettre, elles n’auraient jamais gagné. Elles avaient un monde entier contre elle. Donc moi oui, je me force à avoir un peu plus d'ego. Mais parce que je pense que j'ai un contexte qui me le permet et je vois que je peux pousser le contexte un peu plus. Donc j'essaie.

Lil i: Donc ce n'est pas mauvais, c'est bon?

MissMe - Non, je pense que l'ego, c'est comme tout, trop, ce n'est jamais bien, trop peu, ce n'est jamais bien. Il faut un juste milieu pour être capable de s'aimer, d'être fier de soi, sans s'imposer aux autres, sans oublier les autres.

Lili - Un équilibre.

Lili - Donc il y a un pont. Il y a un parallèle entre la science et l'art.

Camille - Oui, c'est sûr.

Lili - Oui, c'est la créativité, c'est la pensée originale, la pensée créative, une capacité de regarder une situation, puis d'arriver avec une proposition que les autres avaient peut-être pas vu.

Camille - D'essayer des choses aussi. On parle, on parle des réussites de plein de scientifiques, mais pour chaque grande réussite il y a tellement de choses qui n'ont pas marché.

MissMe - Ouais, c'est vrai, mais c'est vraiment ça. C'est la pensée originale. Après, c'est sûr que la manière de faire devient complètement différente. La science vit dans des règles, mais même ces règles, elles sont de temps en temps remises en question, je veux dire avec tout ce qui est quantique, etc. C'est fou. Mais c'est vrai que la pensée originale, c'est quelque chose de primordial, vraiment.

Lili - Écoutez, moi, il y a dix ans, la première fois que j'ai vu ton œuvre, ton vandalisme, de cette femme nue avec des oreilles de Mickey sur mon building, j'ai tout de suite... Mon regard a tout de suite été accroché. Puis là, j'ai très hâte de voir l'exposition maintenant, dix ans plus tard, que tu fais avec le Planétarium.

MissMe - Y’aura pas de nudité. Ce n'est pas nécessaire dans ce discours.

Lili - C'est des portraits de visages. Merci beaucoup d'être venu participer au balado Camille aussi.

Camille - Merci, merci je suis très contente d'avoir été ici avec vous aujourd'hui.

Lili - Puis c'est le fun de voir les deux univers qui se mélangent ensemble. Merci.

C'était nobELLES

Une production du Planétarium de Montréal en collaboration avec Extérieur Jour
Ce balado est un concept et une réalisation de Lili Boisvert
Idéatrices Camille Janson-Marcheterre, Sandy Belley, Laurence Desrosiers-Guité
Basé sur l’exposition nobELLES de l’artiste MissMe présenté au Planétarium un musée d’espace pour la vie

  • Directrice de projet : Alice Renucci
  • Productrices : Elodie Pollet & Amélie Lambert Bouchard
  • Monteurs et concepteurs sonores : Benoît Dame & Jérémie Jones
  • Musique : Bam Music

Merci aux intervenantes et aux intervenants pour leur générosité et leur franc parler. 

Nous vous invitons à nous suivre pour un prochain épisode. 

Merci!

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