Menu global

Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 3 - Les migrateurs de courtes distances

Français
Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 3 - Les migrateurs de courtes distances
Balado Migrations d'oiseaux - Espace pour la vie

Épisode 3 - Les migrateurs de courtes distances

Accéder au balado

 

NARRATRICE – La nature ne se met pas sur pause. Espace pour la vie vous propose de reconnecter avec elle dans cette série de balados. Bonne écoute!

JEAN-PHILIPPE – Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe. Je travaille aux Collections vivantes du Biodôme de Montréal. Dans ce balado d’Espace pour la vie, je vous parle des migrateurs de courtes distances. On parle ici des oiseaux qui se tiennent toujours à la limite de l’hiver et qui sont souvent les premiers à revenir au printemps. Vous écoutez présentement mon troisième balado sur la migration des oiseaux.

Arrive, à l’occasion, une journée où mère nature nous fait un clin d’œil. Comme la fois où il faisait super beau et chaud et qu’elle a décidé de nous envoyer un vent froid du Nord et une petite couverture de neige en plein printemps. Et VLAN! C’est là qu’on ressort nos mitaines, nos bottes et notre gros manteau… J’suis certain que vous me comprenez. Cette fois-là, j’étais tellement fébrile à l’idée de profiter de l’été. J’avais commencé à faire des petits travaux autour de la maison, j’appréciais le soleil… je m’installais pour bien profiter de l’été en famille. Puis là, mon projet est sur pause. Pas pour longtemps, je sais que les belles journées vont revenir… mais j’ai tellement hâte.

Pour les oiseaux migrateurs, cette espèce de fébrilité printanière est bien réelle. Un bon nombre d’espèces qui vivent à la limite de l’hiver semble prêt à revenir sur leur territoire aussitôt que possible. Le Merle d’Amérique est un bon exemple de migrateurs de courte distance. Vous avez peut-être déjà observé vous même un merle dès les premières belles journées du printemps. On dirait qu’il ne se satisfait de presque rien. Dans ces conditions-là, il va s’alimenter surtout de petits fruits persistants comme ceux du sorbier, des viornes et des aubépines. Quand la couverture de neige commence à se retirer, il est déjà présent pour profiter des premiers insectes et larves ou des vers qui émergent du sol.

Il y a un réel avantage à arriver aussi tôt sur les territoires de nidification. Dans le merveilleux monde de la migration, c’est la règle du « premier arrivé, premier servi » qui s’applique. Arriver tôt dans une région signifie avoir le choix des meilleurs sites de nidification. Un bon site requiert d’abord un partenaire, un lieu sécuritaire et évidemment de la nourriture en abondance. Comme je l’ai expliqué dans une autre chronique, plus le site de nidification est situé au nord, plus la durée du jour est longue en été et permet donc de faire une recherche alimentaire étendue. Un peu comme si l’épicerie avait des heures d’ouverture prolongées. Pour un oiseau qui nourrit des oisillons au nid, c’est un gros avantage. C’est pour ça que le Merle d’Amérique se dépêche d’arriver au Québec. Souvent, les premiers individus sont les merles d’expériences qui savent exactement où ils vont. C’est qu’ils avaient déjà peut-être repéré un emplacement l’an passé, ou que tout simplement, ils ont eu un bon succès de reproduction l’an dernier et ils souhaitent retourner au même endroit. Le Merle d’Amérique est un des oiseaux les mieux connus. On sait par exemple, qu’en arrivant tôt au printemps, il peut produire jusqu’à trois nichées par saison, qu’environ 40 % de ces nichées vont produire des oisillons et que seulement 25 % de ces oisillons vont survivre jusqu’au mois de novembre. Avec ce genre de statistiques, on comprend mieux l’importance d’arriver très tôt au printemps.

Vivre à la limite de l’hiver, c’est aussi s’accommoder des mouvements de la glace sur les plans d’eau. Parmi les oiseaux qui reviennent très tôt, on dénombre plusieurs espèces aquatiques. Particulièrement les oiseaux qui mangent des poissons, les piscivores!
En hiver, les canards plongeurs et le Grand Héron recherchent les plans d’eau libres de glace. Les lacs, les rivières et les marais sont gelés, et la seule possibilité d’obtenir des invertébrés aquatiques ou des petits poissons est de se trouver un endroit qui n’est pas glacé. Parfois, une petite cascade ou des rapides sont suffisants, mais de façon générale, la région des Grands Lacs est un lieu formidable pour accueillir les oiseaux aquatiques en hiver.

Le fleuve Saint-Laurent agit alors comme une autoroute pour les déplacements de canards et de hérons. À mesure que les glaces se déplacent et se reforment au printemps, les mouvements des oiseaux se synchronisent comme une onde qui avance en gagnant du terrain à chaque fois. Le Grand Héron, le Garrot à œil d’or, le Harle couronné et le Harelde kakawi sont des espèces qui fréquentent les Grands Lacs en hiver. Un peu plus loin de chez nous, les espèces qui s’alimentent principalement des végétaux aquatiques comme le Fuligule à tête rouge, le Canard chipeau, le Canard souchet et les sarcelles trouveront des milieux humides dans le centre et le sud des États-Unis et reviendront graduellement vers le nord de façon progressive, par petits déplacements. En adoptant cette stratégie, ils pourront revenir sur leurs pas en cas de besoin, au cas où mère nature leur fait un clin d’œil!

Il y a aussi le Martin-pêcheur d’Amérique qui est un migrateur de courte distance et qui s’alimente de petits poissons dès que les milieux aquatiques sont en mesure de lui offrir du poisson.

Une autre stratégie pour les espèces aquatiques est de se déplacer vers l’eau salée qui ne gèle pas. Plusieurs oiseaux passent donc l’hiver en mer! C’est quand même froid, mais l’eau est libre de glace et la nourriture peut s’avérer abondante quand on trouve le bon endroit. Le Plongeon huard, le Grèbe jougris, le Macareux moine sont de bons exemples. Dès que les conditions le permettent, ils reviennent rapidement sur leur territoire de nidification.

Qui dit printemps, dit « temps des sucres ». Mmm le temps des sucres! Mis à part les plaisirs de l’érable, cette période nous indique que les arbres aussi profitent des belles journées. On sait que l’effet des journées chaudes en alternance avec des nuits fraîches stimule la circulation de la sève chez les érables. Au Québec, nous avons un spécialiste qui s’alimente abondamment de la sève des arbres : c’est le Pic maculé. Un peu comme moi, il a le bec sucré! Son truc est de faire plusieurs petits trous pour perforer l’écorce des arbres. En réaction, l’arbre va excréter de la sève pour activer le processus de cicatrisation. Le Pic maculé consomme le précieux liquide qui contient une foule de minéraux et de l’énergie, sous la forme de sucre. En l’observant, on s’aperçoit que le Pic maculé va surtout s’en prendre aux arbres qui ont une sève avec un taux de sucre élevé comme l’érable à sucre, l’érable rouge, le bouleau jaune et parfois aussi sur les caryers. Il doit s’assurer de maintenir actifs les trous d’alimentations avant que l’arbre bloque la montée de sève. C’est donc important que dès son retour au printemps, le Pic maculé se choisisse un lieu de nidification où se trouvent à proximité des arbres qui sont en mesure de le nourrir lui et sa future famille. En Amérique du nord, on a répertorié plus de 1000 espèces d’arbres ou de plantes ligneuses sur lesquelles le Pic maculé s’est déjà nourri de la sève. Après avoir fait le tour, en bon connaisseur, il revient toujours vers les bouleaux et les érables.

Les premières chaleurs du printemps nous amènent l’émergence de quelques insectes qui réapparaissent comme par magie. Les mouches, les coccinelles, les punaises et d’autres arthropodes comme les araignées s’activent. Ce n’est pas encore l’abondance, mais combiné à la consommation de quelques fruits persistant, il y a de quoi contenter les plus fébriles. C’est dans cette catégorie que s’inscrit le Moucherolle phebi. Il préfère capturer des insectes en vol et il est très habile pour cette tâche. Par contre, il est aussi très flexible dans son régime alimentaire. On l’observe près des éclaircies en milieu forestier. C’est le parfait compagnon du chalet! Surtout s’il y a un petit cabanon près d’un milieu humide c’est idéal. Il utilise souvent les corniches et des bords de toit pour y faire son nid de brindilles. On peut facilement apprécier sa technique de chasse puisqu’il se perche à l’affût sur une petite branche, puis s’élance dans les airs pour capturer sa proie et souvent revenir sur le même perchoir. Une situation idéale pour les photographes.

Dans la catégorie « petit brun », il y a des incontournables. Le Bruant familier qui est un favori de la famille va se présenter à la mangeoire quand le mercure remonte juste au-dessus du point de congélation. Même chose pour le Bruant chanteur qui pourra visiter une petite cour de banlieue et qui essaiera de se faire une place dans le parc urbain d’à côté ou dans la haie de thuyas à défaut de trouver mieux. En milieu forestier, ce sera le chant du Bruant à gorge blanche qui retentira de plus belle. Où es-tu Frédérique, Frédérique… Eh bien, il est de retour pour une autre belle saison estivale. Les bruants qui reviennent avec nous trouvent facilement de la nourriture dans les cônes des conifères, les samares d’érable et de frênes qui ne sont pas encore tombés, ou même parfois déjà au sol. Plusieurs herbacés portent encore des graines en avril ce qui permet de faire le pont avec les nouvelles productions du printemps comme les bourgeons d’arbre et les floraisons hâtives.

Chez les migrateurs de courte distance, les déplacements se font sous le modèle du « saut de grenouille ». C’est-à-dire que le retour vers les territoires de nidification se place dans une stratégie de courts déplacements qui permet le retrait en cas de besoin et qui assure une progression en fonction des conditions environnantes. C’est un peu comme quand je ressors ma tuque et mes mitaines et que je reporte mes projets extérieurs. On s’ajuste...

Ce qui captive mon attention chez ces espèces est de voir comment leurs déplacements s’adaptent aux conditions changeantes du milieu. Et si l’on mettait en perspective ces mouvements avec le climat global? Pour les observateurs d’oiseaux qui pratiquent cette passion depuis longtemps, le changement est évident. Il y a 20 ou 25 ans, bon nombre d’espèces étaient absentes du Québec en hiver. Maintenant, on remarque une arrivée de plus en plus hâtive pour les migrateurs de courtes distances. Les cours d’eau sont gelés moins longtemps qu’avant et les épisodes de redoux sont plus longs et plus tôt dans le calendrier.

Pour plusieurs espèces d’oiseaux, ce phénomène est probablement bénéfique. Par exemple, si un couple nicheur rencontre une difficulté en début de nidification, il aura probablement une seconde chance puisque la saison est jeune et que l’été, qui débute à peine, offre encore plein de possibilités.

En ce qui me concerne, la petite réno du cabanon va attendre encore quelques semaines. J’espère juste pouvoir réparer le coin de la porte avant que le Moucherolle phébi vienne s’installer pour l’été!

J’espère que vous avez apprécié ce balado! Pour explorer une foule d’autres sujets, visitez espacepoulavie.ca. Vous pourrez y trouver également les autres balados sur la migration des oiseaux. Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles observations.

NARRATRICE – Ce balado est une production d’Espace pour la vie. Retrouvez les contenus de cette série et plus encore sur notre site Web, section Grands curieux.

Fin