Que veut dire classifier un insecte pour un scientifique? Il s’agit de le positionner au sein d’un système de classification appelé taxonomie. Dans ce système, chaque catégorie représente un niveau de caractéristiques de plus en plus précis, allant du plus général au plus spécifique.
Dans la taxonomie des êtres vivants, les catégories couramment utilisées sont le phylum, la classe, l’ordre, la famille, le genre et l’espèce. Ainsi, un phylum regroupe plusieurs classes, chaque classe comprend souvent plusieurs ordres, et ainsi de suite, jusqu’à l’espèce.
Ce système, établi par le naturaliste suédois Carl von Linné (1707-1778), permet aux scientifiques d’avoir recours aux termes latins pour désigner non seulement les insectes, mais plus largement l’ensemble du monde vivant. On l’appelle la nomenclature binomiale.
L’exemple du bourdon fébrile
Pour déterminer la place d’un insecte au sein des différentes catégories taxonomiques, les entomologistes commencent par observer ses caractéristiques anatomiques, et repèrent ensuite celles qui sont communes à chaque niveau de classification. Pour illustrer ce système, prenons l’exemple du bourdon fébrile.
C’est en comparant ses caractéristiques à celles d’autres espèces déjà classées que les entomologistes peuvent identifier un insecte et lui attribuer sa position appropriée dans la hiérarchie taxonomique. Ainsi, le bourdon fébrile est catégorisé de la façon suivante :
- Phylum : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Hymenoptera
- Famille : Apidae
- Genre : Bombus
- Espèce : impatiens
Pour arriver à cette classification, les scientifiques ont déterminé que les bourdons, tout comme les araignées, les mille-pattes et les crabes, possèdent un exosquelette et des pattes articulées. Ces caractéristiques communes permettent de les classer, tout comme les arachnides, les myriapodes et les crustacés, dans le phylum Arthropoda.
Parmi les arthropodes, ceux qui présentent un corps divisé en trois parties et six pattes appartiennent à la classe Insecta. Les bourdons, les grillons et les mouches en constituent de bons exemples. Comparativement, l’araignée appartient à la classe Arachnida, car son corps est divisé en deux parties et elle possède huit pattes. Elle ne fait donc pas partie des insectes.
Les bourdons possèdent deux paires d'ailes membraneuses, qui se joignent lorsqu’ils sont en vol grâce à une série de minuscules crochets. On retrouve cette caractéristique chez d’autres insectes, notamment les guêpes et les abeilles. De ce fait, ces espèces appartiennent à l’ordre Hymenoptera.
Chez les hyménoptères, les bourdons et les autres espèces d’abeilles ont des pattes postérieures adaptées pour cueillir et transporter le pollen. Ils sont regroupés dans la famille Apidae. Les guêpes sociales, qui sont dépourvues de cette adaptation, font plutôt partie de la famille des Vespidae.
Les bourdons appartiennent au genre Bombus, car contrairement à l’abeille domestique, ils possèdent des setae (structures velues) sur les yeux composés, et des épines sur les pattes postérieures. L’abeille domestique fait pour sa part partie du genre Apis.
Enfin, les bourdons dont le premier segment abdominal est de couleur jaune appartiennent à l’espèce impatiens.
L’indispensabilité d’une classification pointue
Il peut arriver que la diversité au sein d’une même espèce oblige la création d’une classification encore plus fine. Par exemple, l'amiral blanc est un papillon dont le genre est Limenitis et l’espèce est arthemis. Cette espèce regroupe plusieurs populations distinctes, qui présentent chacune une apparence différente, mais qui pourraient se reproduire entre elles si elles se retrouvaient sur le même territoire.
Dans ces cas, on peut avoir recours à une catégorie de taxonomie encore plus précise que l’espèce : la sous-espèce. Il existe ainsi deux sous-espèces de l’amiral blanc : Limenitis arthemis arthemis (Drury, 1773) et Limenitis arthemis rubrofasciata. Bien que leur apparence diffère, ces deux sous-espèces appartiennent à la même espèce, et peuvent ainsi s’accoupler.
Enfin, dans le cas de l’amiral blanc, son nom scientifique se termine par le nom de la personne qui l’a décrit, et l'année de son identification. Ici, le nom du naturaliste qui l’a décrit pour la première fois en 1773 est Dury. L’ajout du nom et de la date entre parenthèses indique que le genre Limenitis a changé depuis la description initiale du papillon.










