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Météorites : le ciel nous tombe-t-il sur la tête?

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Météorite La Criolla
Crédit photo : Espace pour la vie (André Grandchamps)
Météorite La Criolla

Observe-t-on une hausse du nombre de météorites, astéroïdes et autres objets du même type dans le ciel de notre planète? Ou est-ce simplement une augmentation des captations de ces phénomènes par un plus grand nombre de caméras? Et puis le fameux météore qui a entraîné la disparition des dinosaures avait-il une masse qui représente une fraction significative de celle de la Terre de l'époque? Olivier Hernandez, directeur du Planétarium, nous aide à y voir plus clair.

Ce texte est une adaptation d’une chronique diffusée à l’émission Moteur de recherche, sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première.

Quelle quantité de météorites tombe sur la Terre?

Nous revoilà devenus Gaulois.e.s le temps de ce segment de Moteur de recherche, car oui, le ciel nous tombe véritablement sur la tête chaque jour... sous la forme de météorites! Et les chiffres sont surprenants. À votre avis, combien de grammes, kilogrammes ou tonnes de ces cailloux nous tombent dessus chaque année?

Et bien, c’est plus de 180 millions de kilogrammes, soit 180 000 tonnes, qui s’échouent sur la Terre chaque année. C’est pas mal! Pour pouvoir bien appréhender ces chiffres, il convient de les transformer en une unité plus proche de nous : notre héritage automobile. À environ deux tonnes par véhicule utilitaire sportif (VUS), ça représente approximativement 100 000 VUS qui tombent sur la Terre chaque année. Ça peut sembler colossal. Dans les faits, on produit 300 000 VUS par année au Canada, selon les données de 2004 de Statistique Canada. Il tombe donc trois fois moins de météorites que l’on produit de VUS au pays annuellement. Tout est relatif, comme dirait mon scientifique préféré!

Qu’est-ce qui nous tombe dessus exactement?

Les météorites sont des corps rocheux venus de l’espace. Ils ont survécu à leur passage dans l’atmosphère terrestre et sont tombés au sol. Certaines choses ne survivent pas au passage de l'atmosphère. C’est le cas des étoiles filantes, ces petits grains de poussière qui tombent, mais qui se désintègrent dans l’atmosphère. Quand les morceaux sont un peu plus gros, on appelle ça des bolides : ce sont des météorites qui vont se désagréger complètement dans l’atmosphère. Quant aux comètes et aux astéroïdes, elles restent dans l’espace.

Les météorites sont fascinantes. J’ai beaucoup appris sur le sujet depuis que je suis devenu le directeur au Planétarium. On a la chance d’avoir dans notre équipe une des plus grandes mémoires de ces objets en la personne d’André Grandchamps, le conservateur de la collection de météorites du planétarium.

Pourquoi est-ce si fascinant d’étudier des météorites?

D’abord, les météorites sont parmi les plus vieux objets de notre Système solaire. Certaines sont encore plus âgées que notre Système solaire! C’est le cas de la météorite de Murchison, tombée en 1969 en Australie, qui aurait 7 milliards d’années. C’est beaucoup plus vieux que notre Système solaire, âgé de 4,57 milliards d’années. En fait, la très grande majorité des météorites provient de la ceinture d’astéroïdes entre Mars et Jupiter – une sorte de stationnement (encore l’héritage automobile) pour une planète qui n’a pas réussi à s’y former.

Ensuite, je vais parler avec le cœur au nom des astronomes : ce sont les seuls objets que l’on peut collectionner et toucher! On ne peut pas toucher une étoile, ni un trou noir, ni une planète (c’est très rare et ce n’est que pour quelques privilégiés), mais des météorites, on le peut. Un médecin peut toucher ses patients, un chimiste, ses molécules, mais un astronome ne peut habituellement pas toucher l’objet de ses recherches, et c’est frustrant!

fin, parce que les météorites permettent de raconter l’histoire de la formation des planètes du Système solaire. Elles permettent aussi d’approfondir nos connaissances sur les processus qui ont permis l’apparition et le développement de la vie sur Terre. Juste ça : un « vulgaire » caillou composé de silicate et de fer!

En tombe-t-il plus ou moins qu’avant?

On estime qu’il tombe environ 180 millions de kilos de météorites par an, soit l’équivalent de 100 000 VUS. Ce sont des météorites de différentes tailles, allant de quelques millimètres à quelques mètres (Tcheliabinsk en 2013)... voire même à quelques kilomètres (Chicxulub il y a 66 millions d’années)!

Au Québec, il en tombe environ 10 par an – météorites qu’on n’arrive pas à retrouver d’ailleurs tellement le Québec est grand et peuplé de forêts. Somme toute, c’est un nombre assez stable d’année en année. Cependant, il y a eu une période dans l’histoire de la formation de la Terre pendant laquelle beaucoup de météorites sont tombées sur la Terre. On appelle cette période « le grand bombardement tardif », qui porte bien son nom, et qui est survenue 600 millions d’années après la formation de notre Système solaire et donc de notre planète.

Depuis ce temps-là, à part quelques événements particuliers, il en tombe une quantité plutôt stable. Ainsi, avec la pluralité des caméras (dashcam, caméra de surveillance, le réseau DOMe du planétarium, etc.) et les réseaux sociaux, on a l’impression d’en voir plus alors que le nombre reste identique statistiquement d’année en année. En fait, avec tous ces systèmes de détection voulus ou fortuits, on augmente nos chances de les détecter et de les trouver.

Toutes ces météorites doivent changer la masse de la Terre, non?

Oui et non! Même si l’on reçoit l’équivalent de 100 000 VUS sur la tête, il n’en reste pas moins que cette masse est très faible au regard de la masse de la Terre. Et là, il va nous falloir prendre une bonne respiration pour bien matérialiser la masse de la Terre. Imaginez un « 6 » suivi de 24 zéros. Ce chiffre, c’est la masse en kilos de la Terre. Là, on peut quitter notre héritage automobile pour comparer. Il n’y a rien de comparable sur Terre. Bref la Terre, c’est très très lourd!

Si l’on reçoit 180 000 tonnes de météorites par an et qu’on multiplie ce nombre par l’âge de la Terre (en tenant compte du grand bombardement tardif il y a 3,9 milliards d’années), le résultat est imposant : un « 8 » suivi de 17 zéros kilos. En comparant ces données, on s'aperçoit qu’on a reçu à ce jour une masse de météorites 10 millions de fois plus petite que celle de la Terre.

Même si l’on tient compte d’une des plus grosses météorites, maintenant considérées à l’origine de la disparition des dinosaures il y a 66 millions d’années, la masse totale des météorites s’étant échouées sur notre planète n’est pas une fraction significative de la masse de la Terre. Bref des peanuts, mais des peanuts qui ont causé la dernière extinction de masse!

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