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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 5 - Les routes migratoires

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Les balados Migrations d'oiseaux - Transcription - Épisode 5 - Les routes migratoires
Balado Migrations d'oiseaux - Espace pour la vie

Épisode 5 - Les routes migratoires

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NARRATRICE – La nature ne se met pas sur pause. Espace pour la vie vous propose de reconnecter avec elle dans cette série de balados. Bonne écoute!

JEAN-PHILIPPE – Bonjour, je m’appelle Jean-Philippe, je travaille aux Collections vivantes du Biodôme de Montréal. Dans ce balado d’Espace pour la vie, j’ai envie de vous faire découvrir des oiseaux qui doivent se déplacer sur de grandes distances dans des conditions incroyables. C’est qu’à chaque printemps, des millions d’oiseaux traversent l’Amérique du Nord et relèvent des défis surprenants pour assurer leur reproduction. Je vous parle aujourd’hui de leurs routes migratoires dans mon 5e balado sur la migration des oiseaux.

Pas obligé d’aller bien loin pour devoir se préparer avant un départ. Comme dirait ma blonde… on va se faire un plan! Il y en a même qui se font des listes, pour être certains de ne rien oublier. Peu importe la stratégie, l’idée c’est de voir à toute éventualité. Prévoir l’imprévisible pour ne pas être mal pris… Dans ce domaine-là, j’en connais qui apportent en double toute sorte de choses avant de partir en voyage.

Imaginez maintenant que vous êtes un oiseau migrateur d’environ 12 centimètres et bien gras avec vos 30 g! Qu’est-ce que vous pouvez bien apporter avec vous pour une route de 2000 km? Du courage, de la détermination… un brin de folie?
Plus fort que tout, l’instinct de survie forgé sur des millions d’années d’évolution et d’adaptation. Qu’est-ce qui garantit la réussite d’un voyage migratoire? He bien! c’est le choix de la route et la capacité des individus à faire face à l’adversité.

J’pense à tous ces oiseaux du Québec qui sont principalement insectivores et qui passent l’hiver au Mexique, en Amérique centrale et parfois jusqu’en Amérique du Sud. Ces oiseaux ont clairement deux adresses. Dans le Sud, sous les tropiques, ils ne sont pas vraiment chez eux, ils sont plus en colocation. Ils doivent composer avec la présence des oiseaux résidents. Ce n’est pas toujours évident, car les propriétaires des lieux sont tenaces. L’autre adresse c’est le lieu de nidification, l’endroit où un oiseau va construire un nid pour se reproduire et assurer une descendance. Cet endroit-là, il va le défendre, faire fuir les intrus et se l’approprier comme si c’était à lui!

Entre les deux adresses, il y a tout un parcours!
Selon la position géographique entre le départ et l’arrivée, un oiseau migrateur qui souhaite nicher en Amérique du Nord doit choisir parmi quatre grandes autoroutes aériennes : l’autoroute Pacifique, la transcontinentale, transgolfe du Mexique, et celle de l’Atlantique.

La première route migratoire dont je veux vous parler est essentiellement localisée sur la côte ouest Américaine. Les oiseaux qui hivernent en Amérique centrale et qui remontent vers le nord arrivent à une intersection importante située entre le nord du Mexique et l’Arizona. Les oiseaux qui tourneront à gauche à ce point stratégique coloniseront l’ouest des Rocheuses pour l’été. On parle par exemple de la Paruline de Townsend, du Colibri d’Allen ou encore du Viréo de Cassin… des espèces qui ne viennent pas au Québec!

Une autre voie migratoire très populaire chez les passereaux est celle qui passe en plein centre de l’Amérique. On pourrait suivre, les moucherolles tchebec qui passent l’hiver en Amérique centrale. Ils vont quitter les territoires d’hivernage en mars et remonter vers le nord en suivant l’est de la Cordillère américaine. Ils se déplacent d’un milieu forestier à un autre. Autrement dit, les moucherolles restent toujours au-dessus de la terre ferme et remontent l’étroit passage formé par les pays d’Amérique centrale pour atteindre l’ouverture conique formée par le Mexique et ensuite se disperser sur l’ensemble de l’Amérique du Nord à l’est des Rocheuses… Jusqu’au Québec, évidemment! Le trajet prend quelques semaines à réaliser et les premiers moucherolles arrivent donc ici vers la deuxième semaine de mai.

Un autre couloir de migration est celui emprunté par plusieurs espèces du groupe des parulines. Il s’agit du passage transgolfe! Vous avez peut-être déjà remarqué la forme unique du golfe du Mexique. Je pourrais le décrire comme une vaste étendue marine très circulaire en fait. Si vous étiez devant une carte géographique, vous pourriez constater que la péninsule du Yucatan, au Mexique, remonte en fait vers le nord et pointe vers les États-Unis en direction de la Louisiane et de la Floride. Cette péninsule est en fait un tremplin exceptionnel pour un oiseau qui souhaite couper court… prendre le raccourci. C’est en fait l’option qui est privilégiée par la Paruline à flanc marron. Un oiseau d’à peine 13 cm et qui chante merveilleusement dans les forêts en regain. Prendre le raccourci comporte quand même un gros défi. Ça implique que notre paruline va voler sans arrêt, au-dessus de l’eau, sur environ 1000 kilomètres! Pour réaliser l’exploit, il y a des conditions gagnantes qui sont recherchées par tous les oiseaux qui choisissent cette option. D’abord, le vent! Il doit souffler dans la bonne direction, être constant et soutenu. Idéalement, le ciel sera clair pour que les repères visuels soient disponibles. Il peut s’agir du soleil et des structures comme des îles, des bateaux ou d’autres structures construites par l’humain comme des stations de forage en mer. Certaines espèces ont des mouvements migratoires nocturnes et utilisent également la position de la lune ou des étoiles pour s’orienter. Une autre condition qui assure la réussite de la traversée, c’est bien sûr l’état de santé de l’oiseau lui-même. Est-ce que notre paruline a bien mangé, a-t-elle suffisamment de réserve sous forme de graisse, est-elle bien hydratée? On ne va pas courir un marathon quand on a mal à la tête. Chaque printemps, des millions d’oiseaux traversent le Golfe du Mexique en quête d’un site idéal pour se reproduire. Sous certaines conditions, il est même possible de voir les nuages d’oiseaux qui traversent l’étendue d’eau sur les images des radars météorologiques.

La dernière possibilité est encore plus incroyable, c’est la voie Atlantique. Le trajet qu’empruntent les oiseaux débute en Amérique du Sud, fait un bon dans les Caraïbes et continue directement sur la côte Atlantique des États-Unis. Le Goglu des prés est un bon exemple pour illustrer ce trajet. À l’hiver, on l’observe dans les basses terres tropicales de la Bolivie, du Paraguay et de l’Argentine. Ils consomment une variété de graines principalement dans les grandes cultures céréalières. Puis vers le mois de mars, les goglus quittent pour remonter l’Amérique du Sud jusqu’au Vénézuéla, ils s’envolent ensuite au-dessus de l’Atlantique pour une escale sur une des îles des Caraïbes; Hispaniola, Jamaïque ou Cuba par exemple et après avoir refait le plein d’énergie… Ils repartent vers l’Amérique du Nord pour se disperser surtout dans les grandes prairies de l’ouest, mais aussi dans toutes les zones agricoles où poussent des graminées incluant les belles campagnes québécoises.

Tous ces parcours comportent des défis. C’est un peu comme les « hasards routiers », sur la route il peut y avoir des nids de poules, des travaux, la route peut être glissante… et parfois il y a aussi des collisions! Dans le cas des oiseaux, on remarque que les voies migratoires qui sont utilisées depuis toujours ont été perturbées par l’étalement urbain des humains. On retrouve les plus grandes villes américaines presque alignées sur les routes migratoires dont je vous ai parlé. Ce chevauchement incompatible amène plusieurs oiseaux à dévier de leur route. Même en contournant les villes, les oiseaux se trouvent confrontés à des tours de télécommunications, des éoliennes et autres structures sur lesquelles il y a aussi un grand nombre de collisions chaque année. L’impact des activités humaines sur les migrations est bien documenté.

Lors de ces grands déplacements, il arrive qu’un oiseau s’égare! Il peut se retrouver face à une tempête, un changement de direction dans les vents de haute altitude ou simplement être désorienté par la perte d’un repère habituel. C’est comme être dans la lune sur l’autoroute… on manque la sortie! Et puis, les oiseaux font souvent comme moi quand je suis perdu… c’est-à-dire qu’ils continuent encore un peu, pour voir s’ils vont se retrouver!
Évidemment, ça ne marche jamais et je me retrouve bien plus loin que prévu, comme eux!
Avez-vous déjà entendu parler d’un Pélican sur les bords du fleuve St-Laurent? D’une avocette, une Grive litorne, un colibri roux, un Tyran à longue queue, Guiraca bleu? Ces oiseaux qui viennent d’ailleurs se sont éloignés de leur route habituelle et ont été observés ici. On leur a attribué le statut de visiteur et au Québec, il y a plus de 150 espèces qui sont passées comme ça… en visite!


Quand on fait l’analogie des mouvements migratoires comme s’il s’agissait d’un trajet routier, on utilise des mots comme autoroute, intersection, on parle en nommant les points cardinaux et c’est aussi important de mentionner les haltes routières… ou dans notre cas des haltes migratoires. On parle ici de tous les habitats qui sont en mesure d’offrir une pause à un oiseau qui cherche simplement un abri et un peu de nourriture. Plusieurs petits boisés, marais ou même une cour arrière de maison peuvent être un endroit propice. Quand on y pense, l’ensemble de tous les espaces verts entre la forêt tropicale d’Amérique du Sud et le Grand Nord canadien permettent à des millions d’oiseaux de connecter leur adresse principale à leur chalet hors saison.
Et si on arrivait à créer des corridors suffisamment connectés les uns aux autres pour faciliter les déplacements.
Et si on encourageait le reboisement ou le verdissement des zones perturbées?
Et si on transformait nos cours arrière pour qu’elle soit accueillante pour les oiseaux?
Et si on supportait les initiatives locales de conservation des milieux naturels simplement pour sensibiliser les gens à la fragilité et à l’importance des habitats fauniques?
Et si tout le monde sur la planète faisait son petit bout de corridor?
… bien, on arriverait probablement à connecter les deux adresses.

En fin de semaine, je vais visiter ma mère, 326 km sur l’autoroute 20! J’vous le dis tout de suite, c’est sûr que j’arrête pour me prendre un petit café sur la route… Ça adonne bien je connais un bon endroit un peu après Drummondville. J’ai tellement fait souvent la route que je sais à quoi m’attendre, c’est même un peu réconfortant d’avoir un plan. J’me demande comment l’anticipation avant un voyage s’exprime pour un oiseau migrateur.

J’espère que vous avez apprécié ce balado et je vous invite fortement à consulter les liens web qui y sont associés! Pour explorer les autres balados sur la migration des oiseaux et
une foule d’autres sujets, visitez espacepoulavie.ca.

Je vous dis à bientôt et vous souhaite de belles observations.

Dans le balado, j’ai mentionné l’île d’Hispaniola comme lieu de transit pour un oiseau. C’est une île des Caraïbes qui est formée de deux pays bien connus : Haïti et la République dominicaine. Quand une île est formée d’un seul pays alors on a le même nom pour l’île et le pays. Comme par exemple Cuba, Jamaïque, Guadeloupe, Martinique, Barbade...

Fin

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