- 6 Mai 2020 - Biodôme : Actualités environnementales, Expérience
Cette année, le temps frais retarde l’explosion printanière comme on se la représente souvent : les corneilles qui nous réveillent, les plates-bandes colorées, les sous-bois couverts de fleurs… Et pourtant tout y est! Il suffit d’un peu de patience; la nature a tout prévu!
Des signes qui ne trompent pas
Les « indicateurs de printemps » varient selon l’endroit où l’on se trouve : l’arrivée des premiers merles d’Amérique qui arpentent nos parterres, les branches de saules qui se couvrent de chatons dans les milieux humides, les fossés bordés de tussilages pas-d’âne (attention, ce ne sont pas des pissenlits!). Pour moi, c’est dans les érablières que la magie opère le plus. Plusieurs espèces pointent discrètement au travers du tapis de feuilles mortes. Les connaissez-vous? Parmi les plus hâtives : l’ail des bois, l’hépatique à lobes aigus, la claytonie de Caroline, les trilles et bien sûr l’érythrone d’Amérique!
Printemps : saison d’abondance!
En forêt, c’est la fonte des neiges qui amorce les changements. Cette abondance d’eau et de minéraux rendus disponibles soutient la croissance rapide des plantes printanières, stimulée par la pleine lumière dans nos érablières. Dès la mi-mai, les bourgeons des arbres éclatent et leurs feuilles se déploient pour « refermer » progressivement le couvert forestier. Ainsi, la luminosité au sol baisse de 70 % en avril à seulement 5 % en juin! Ces quatre à cinq semaines de pleine lumière deviennent vitales pour les plantes du sous-bois!
S’adapter pour être sur la ligne de départ
Pour profiter pleinement de cette courte période d’abondance, il faut être bien préparé. Plusieurs espèces misent sur leurs organes de réserves (ex. : bulbes et cormes) pour se déployer rapidement. C’est bien à l’abri dans ce bulbe que reposent les feuilles et les fleurs préformées au cours de l’année précédente. Toutefois, pour qu’elles se développent, la nature doit offrir une savante alternance de froid (hiver) et de chaud (printemps). Cette adaptation protège les plantes contre l’envie d’émerger lors de redoux automnal… Ainsi, après un long hiver, la plante répond rapidement à l’arrivée des premiers rayons chauds du soleil.
Éphémère… et vivace!
Les températures fraîches et humides printanières ne durent pas. Les premières journées chaudes et sèches qui surviennent à la fin mai entraînent le flétrissement des feuilles et des fleurs. Mais ces plantes demeurent bien vivantes, cachées sous terre. Les dix prochains mois représentent une longue phase de développement souterrain ralenti, ponctuée de dormances. Grâce au stockage des réserves, le plant prépare lentement sa sortie… au printemps prochain!
Amateurs d’ail des bois : préparez-vous à semer!
L’une des plantes vedettes du printemps est sans contredit l’ail des bois! Vous êtes nombreux à me contacter, à la recherche de graines d’ail des bois pour semer dans votre boisé. Cette année, je vous invite à vous approvisionner dans votre région. Profitez de la courte saison où la plante est visible pour repérer une ou deux colonies. L’ail des bois est facile à identifier et en cas de doute, on goûte la pointe d’une feuille – délicieux et cela ne tue pas le plant! Attention, notez bien le lieu de cette colonie, car en septembre, au moment de récolter vos graines, les feuilles auront disparu! Faites-vous un petit croquis ou prenez un point GPS. Surtout, évitez les rubans orange qui attirent l’attention des cueilleurs. Assurez-vous d’avoir l’accord du propriétaire. La loi vous autorise à cueillir 200 grammes de graines, soit environ une demi-tasse. Cet automne, vous pourrez récolter vos graines et ainsi démarrer votre colonie. Chaque personne qui sème une nouvelle colonie dans sa localité réalise une action concrète pour la conservation de l’ail des bois au Québec.
















