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Quand la protection de la biodiversité fait naître une crise sociale

Panneau - Danger requins © Espace pour la vie (Marie-Odile Noël)
Quand la protection de la biodiversité fait naître une crise sociale

Voilà, je suis de retour de mon périple sur le Sedna IV, où j'ai assuré les communications scientifiques dans le cadre de la mission 1000 jours pour la planète. Pendant mon séjour de trois mois à l'île de la Réunion, j'ai fait part de mes découvertes et de mes réflexions aux lecteurs de mes journaux de bord. Mais une chose est restée non dite. Il s'agit de ma confrontation avec la communauté réunionnaise au sujet du requin-bouledogue.

Requin-bouledogue et humain : une cohabitation difficile

Je me suis vraiment cognée à l'icône que le requin-bouledogue représente à la Réunion depuis que les attaques sur des humains se sont faites plus fréquentes, au début de l'année 2011. Mon collègue Eddie et moi tenions là un superbe sujet mettant de l'avant une cohabitation difficile entre l'humain et un animal. Nous pensions écrire une série de journaux de bord sur la « crise requins », comme on l'appelle là-bas. Mais les choses ont rapidement pris une drôle de tournure après que mon journal du 4 décembre ait été publié. Les commentaires injurieux de certains Réunionnais ont commencé à se succéder sous mon journal. J'y ai été traitée d'« écolo bobo » et accusée d'être une autre de ces personnes qui, ignorant tout de la Réunion, prétendent quand même pouvoir régler la crise. J'ai soudainement compris que j’avais touché une corde sensible… très sensible!

Et on comprend pourquoi!

On peut évidemment penser aux familles et aux amis des victimes, qui ont vu leur vie complètement chamboulée à cause de ces gros poissons. Mais il y a plus : il y a tout un mode de vie et toute une économie qui disparaissent avec la fermeture des plages de l'île. En réaction à cette situation, c'est une crise sociale que les Réunionnais sont en train de vivre. On y voit de l'intimidation, des affiches provocatrices et des conférenciers qui se font huer. Il y a des gens qui parlent fort et d'autres qui, plus nuancés, ont du mal à se faire entendre. Il y a des maires qui parlent beaucoup mais qui agissent peu, espérant plaire à tous et à chacun. Et il y a des gens qui sont accusés d'utiliser les attaques de requins comme prétexte pour arriver à leurs fins commerciales. Le jour où on nous a fait entendre que des graffitis pourraient apparaître sur le Sedna IV si on continuait à traiter de la crise requins, Eddie et moi avons dû réfléchir à la suite des choses.C'était, à ma connaissance du moins, la première fois que le travail des communicateurs scientifiques de la mission dérangeait autant.

Avec tout ça, on fait quoi?

Il y a des situations où la protection de la biodiversité se heurte aux convictions profondes des gens, où elle soulève les passions et divise la population. Il y a des crises qui, malheureusement, semblent sans issue... Et il y a des moments où la meilleure solution est de se retirer. Malgré l'intérêt que suscitaient, chez les lecteurs québécois, nos journaux de bord sur les requins, Eddie et moi avons tout simplement changé de sujet. Je reviens de mon séjour sur le Sedna IVavec cette histoire gravée dans tout mon être. La Réunion est une île magnifique où il fait bon vivre, avec des paysages à couper le souffle et des gens généreux comme on en voit rarement. Je lui souhaite de retrouver l'harmonie qu'elle mérite.

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