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Carnet horticole et botanique

Iris versicolore

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Iris versicolore.
Credit: Jardin botanique de Montréal (Roméo Meloche)  

Bel indigène apprivoisé?

Il a du charme et ne s'en cache pas.

Attirant à souhait, les abeilles le fréquentent assidûment. Il rivalise de beauté avec d'autres membres de sa parenté et cela ne semble plus passer inaperçu.

C'est aussi maintenant l'emblème floral officiel du Québec.

On se doit de le connaître et de le reconnaître.

Particularités biologiques

L'iris versicolore (Iris versicolor L.) est une superbe plante vivace à rhizome des milieux humides (fossés, marais, rivages, bordures de tourbières, etc.). Son aire de répartition géographique au Canada s'étend du Manitoba à Terre-Neuve. On le retrouve aussi dans plusieurs états de l'est des États-Unis. Formant des colonies denses, il offre de mai à juin par ses fleurs d'un bleu violet un spectacle qu'on aime revoir année après année.

Ses feuilles sont dressées, longues, en forme de glaive (gladiées); de celles-ci émerge la tige portant plusieurs fleurs de 5 à 7 cm chacune.

Les pièces florales, loin d'être conventionnelles, lui confèrent une intrigante personnalité. Les trois sépales sont chez l'iris versicolore les pièces les plus colorées; le violet de base est panaché de blanc, de jaune et de vert et richement décoré de fines veinures violet foncé. Ils sont étroits et horizontaux à la base, puis s'élargissent abruptement en une section triangulaire qui retombe élégamment à la verticale. Les trois pétales violets, qui ne mesurent que la moitié de la longueur des sépales, sont dressés et alternent avec ces derniers. Les pièces sexuées sont aussi passablement déroutantes. Le pistil est divisé en trois sections à l'apparence de pétales (pétaloïdes) ; ces sections sont étalées à l'horizontal au-dessus de la partie étroite des sépales; l'extrémité élargie et bilobée est dressée; à sa base inférieure se trouve le stigmate récepteur de pollen. Cette position entre chacun des styles et des sépales forme un tunnel menant aux étamines... et bien sûr aux nectaires.

Qui dit nectar, dit insecte, et dans ce cas-ci, dit abeille. Les veinures des sépales indiqueraient le chemin à suivre vers le nectar recherché; l'insecte pénètre ainsi dans le tunnel, et frôle dans son manège nutritionnel l'étamine chargée de pollen; au sortir du tunnel, le pollen répandu sur le corps de l'insecte n'est normalement pas capté par le lobe stigmatique qui est dirigé vers l'extérieur. Lorsque cette abeille pénétrera dans le tunnel d'un autre iris, le pollen collera au lobe stigmatique, opérant ainsi la pollinisation. Ce mécanisme augmente les chances de fertilisation croisée et ainsi de mélange du bagage génétique.

Emblème floral controversé

Aussi ridicule que cela puisse paraître, nous étions jusqu'à récemment la seule province du Canada à ne pas avoir une plante indigène comme emblème floral. À cause d'une irrévérencieuse confusion, notre emblème floral officiel était le lis blanc (Lilium candidum L.) qui croît spontanément en Méditerranée orientale!

Jacques Rousseau, ethnobiologiste et successeur de Marie-Victorin à la tête du Jardin botanique de Montréal, proclamait que le choix de Lilium candidum était aussi déplacé que serait le chameau comme emblème animal du Québec!

La fleur stylisée sur le drapeau québécois n'est certainement pas un lis. Elle serait représentative de l'iris des marais (Iris pseudacorus L.) que l'on retrouve en abondance sur les bords de la rivière Lys en Belgique; d'où probablement, fleur de la Lys et par contraction, fleur de lys. La fleur de lys ornait les armoiries des rois de France. De fleurdelisé, notre drapeau pourrait-il se décrire comme fleurdirisé?

Le malheur pour notre iris versicolore, emblème officieux jusqu'à 1999, est qu'il a fallu une loi pour le consacrer officiel. Depuis l'adoption du Bill 38 (aujourd'hui la Loi E-5) à l'Assemblée nationale le 23 janvier 1963, plusieurs vagues de pression furent exercées pour que le gouvernement québécois répare cette erreur. Lors des Floralies internationales de Montréal, en 1980, le directeur du Jardin botanique de Montréal, M. Pierre Bourque, choisissait l'iris versicolore comme symbole de cet événement horticole de premier choix.

Le Gouvernement du Québec a officialisé l'iris versicolore comme fleur emblème du Québec par le projet de loi no 49 (devenu la Loi sur le drapeau et les emblèmes du Québec), adopté à l'automne 1999 (adopté le 28 octobre et sanctionné le 5 novembre 1999).

À nous, comme le dit Gisèle Lamoureux, botaniste (Fleurbec), d'en prendre soin, de protéger cette plante dans son habitat... ce qui exclut le prélèvement intégral de la plante, à des fins commerciales. Il faut donc inciter les horticulteurs à sa production à partir de graines, ce qui est facile et rapide à faire.

On peut aussi encourager les Québécois à rechercher en pépinière des plantes hybrides des espèces versicolor et ensata, commercialisées sous le nom d'Iris X versata et particulièrement bien adaptées à la culture en jardin.

Texte adapté de l'article d'Édith Morin, Quatre-Temps, vol. 16, no.4 et de celui de Gisèle Lamoureux, FloraQuebeca, vol. 5, no.1.