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Carnet horticole et botanique

Les asclépiades indigènes du Québec

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Crédit photo : Jardin botanique de Montréal (Gilles Murray)

Les asclépiades, appelées familièrement « petits cochons », ne sauraient être considérées comme de simples mauvaises herbes. Elles ont en fait des rôles écologiques très importants. Sans elles, les papillons monarques seraient privés d’une plante essentielle à leur survie.

Les asclépiades, autrefois classées dans la famille des asclépiadacées, sont maintenant regroupées sous la famille des apocynacées.

Au Québec, il existe 4 espèces indigènes:

Asclepias syriaca (asclépiade commune)
Asclepias incarnata (asclépiade incarnate)
Asclepias exaltata (asclépiade très grande) – espèce peu commune
Asclepias tuberosa var. interior (asclépiade tubéreuse ou asclépiade de l’intérieur) – espèce désignée menacée au Québec

L'espèce la plus fréquente au Québec est l'asclépiade commune (Asclepias syriaca).

Description

Les asclépiades sont des plantes vivaces avec des fleurs disposées en ombelles. En anglais, on les nomme communément milkweed en raison du latex blanchâtre qui s'écoule lorsque la plante est endommagée. Ce latex contient des substances toxiques pour la majorité des animaux. Les asclépiades produisent des fruits, nommés follicules, qui s’ouvrent à maturité le long d’une fente longitudinale pour libérer de nombreuses graines. Ces dernières sont munies de longues soies blanches, appelées aigrettes, qui facilitent leur dispersion.

Plusieurs espèces d’asclépiades contiennent des substances agissant sur le cœur. On considère donc que toutes les espèces et toutes les parties de la plante sont potentiellement toxiques pour le bétail et les humains. Le latex pourrait causer une réaction allergique chez certains individus sensibles.

Rôles écologiques

Le nectar des fleurs d’asclépiades attire de nombreux insectes et animaux pollinisateurs comme des abeilles, des guêpes, des papillons, des coléoptères, des mouches et des colibris. En plus des pollinisateurs, les asclépiades sont visitées par des insectes prédateurs et parasitoïdes qui sont très utiles, au jardin comme en agriculture.

Plusieurs insectes se nourrissent, à un stade ou à un autre, exclusivement des asclépiades. C’est le cas de la chenille du monarque (Danaus plexippus plexippus). Les adultes doivent pondre leurs œufs directement sur ces plantes, afin de procurer aux jeunes chenilles la nourriture qui leur est essentielle. C’est pour cette raison que la survie du papillon monarque est intimement liée aux asclépiades.

Le déclin du monarque et des asclépiades

Les changements climatiques se font sentir sur tout le territoire de migration des monarques, notamment sur les sites d’hivernage au Mexique, affectant fortement les populations de ce papillon. Mais la perte d’habitats naturels et l’éradication de l’asclépiade par les pesticides dans les zones agricoles sont les principales causes de déclin des monarques. En effet, malgré l’importance des asclépiades indigènes pour les pollinisateurs et pour les monarques, ces plantes sont souvent perçues comme des mauvaises herbes et sont éradiquées des champs et bords de routes.

La perte d’habitats naturels et la réduction importante des populations d’asclépiades, essentielles à la reproduction des monarques, démontrent le besoin urgent de protéger les populations restantes d’asclépiades et d’encourager les activités de restauration.

Dans le but de sauvegarder le papillon monarque, les programmes de recherche et de conservation, tels que Monarch Watch, et les programmes de sensibilisation et de science citoyenne, comme Monarque sans frontière de l’Insectarium, font le suivi des populations de ce papillon. Ces initiatives encouragent également la plantation d’asclépiades dans les jardins, comme le fait le programme Mon jardin Espace pour la vie.

Utilisations

L'asclépiade a été utilisée par les Premières Nations comme plante médicinale, en guise de nourriture et pour faire de la corde.

Au début du 20e siècle, il y a eu plusieurs tentatives de commercialisation de la plante, de l’extraction du latex à l’utilisation des aigrettes soyeuses pour la fabrication de divers produits textiles. Durant la Seconde Guerre mondiale, on utilisait ses soies pour bourrer les vestes de sauvetage. Les aigrettes, qui sont en fait des tubes microscopiques, leur confèrent la possibilité de flotter et aussi d'être un très bon isolant.

Longtemps considérée uniquement comme une mauvaise herbe en agriculture, l’asclépiade commune (Asclepias syriaca) connaît un regain d’intérêt en raison des qualités de sa fibre, laquelle est produite à partir de l’aigrette soyeuse de la graine. On la surnomme « soyer du Québec » ou « soie d’Amérique », car elle produit une fibre souple, résistante et hydrophobe qui offre d’excellentes qualités comme isolant acoustique et surtout thermique.

Aujourd’hui, la soie de l'asclépiade cultivée commercialement est utilisée pour le rembourrage des douillettes et des oreillers, dans l’industrie textile pour la confection de vêtements chauds qui repoussent l’humidité, dans l’élaboration d’isolants thermiques et acoustiques, et même comme matière absorbante dans le cas de déversements pétroliers.

 

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